Hilarion : l'énigme des fontaines mortes

Ne jamais miser sur le jeu d'un autre. Une règle simple que je tenais de mon père. Qu'est-ce que je faisais dans cette ruelle de Manhattan, à manipuler une liasse de mille deux cents dollars dans ma poche, me dirigeant vers un groupe amassé autour d'un bonneteau, une bande qui semblait avoir décidé de ne pas poignarder personne aujourd'hui pour jouer aux cartes ?
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samedi 16 décembre

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Roman - Policier

Hilarion : l'énigme des fontaines mortes

Historique - Assassinat MAJ mardi 30 octobre 2012

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 24 €

Christophe Estrada
Arles : Actes Sud, février 2012
438 p. ; 24 x 15 cm
ISBN 978-2-330-00212-1

Un nouvel enquêteur s'illustre.

Le 1er octobre 1776, le chevalier Hilarion arrive à Aix-en-Provence précédé d'une solide réputation. Il vient de mettre fin, dans la région de Grasse, aux agissements des pénitents rouges, une confrérie aristocratique hostile au Roi. Se présentant chez l'intendant de Provence, il rencontre d'André, un ami, qui lui réserve son premier assaut dans la salle d'armes de maître Belloni, ce même soir.
Là, face au refus du chevalier de se mesurer à lui immédiatement, le vicomte Hercule de Rognac, le fils de l'ancien président du parlement, le défie pour un duel qu'Hilarion fixe au lendemain.
En sortant de la salle, il est attendu par M. Lebrest, le Lieutenant criminel qui veut faire appel à ses lumières et l'amène dans une ruelle sombre et sordide. Le corps d'un jeune homme est recroquevillé dans une fontaine abandonnée. Un examen rapide révèle qu'il a été étranglé par derrière. M. Lebrest a reconnu Gaspard Du Chaffaud, le fils d'un conseiller influent. L'autopsie établit qu'il a été sodomisé et émasculé.
Hilarion, qui mène l'enquête officieusement, découvre que le jeune homme est un libertin bien connu pour ses frasques et son homosexualité.
Le chevalier remporte le duel face à Hercule, mais la lame de ce dernier se brise lors de l'assaut et le balafre.
Un second cadavre est découvert dans une fontaine au fond d'une autre ruelle sordide. La mise en scène est la même, comme la silhouette d'une vieille femme aperçue sur les lieux par les rares témoins. Le chevalier découvre, peu à peu, la vie dissolue des jeunes nobles aixois et le fait que nombre d'entre eux servent dans les gardes-marine de La Royale à Toulon.
Toute la notabilité d'Aix-en-Provence s'enflamme et Hilarion doit faire face à de nombreux complots. Pierre, le nouveau valet recommandé par M. Lebrest, en remplacement de Louis, assassiné il y a deux mois, ne rêve que de vengeance…

Christophe Estrada choisit, comme décor de son intrigue, Aix-en-Provence à l'époque où la ville retrouve son parlement. Celui-ci est rétabli par Louis XVI en signe d'apaisement. L'auteur se transforme en guide pour faire découvrir, dans le détail, le cœur d'Aix-en-Provence à l'époque. Il restitue superbement, l'ambiance qui régnait, tant dans les ruelles sombres où chacun allait se soulager et déféquer à qui mieux-mieux, que dans les cafés fréquentés par ceux qui en avaient les moyens ou dans les salons où l'art du commérage était porté à son summum.

Pour porter son intrigue, Christophe Estrada, construit un personnage complexe, au caractère tourmenté. C'est le rejeton d'une des plus antiques familles de Provence. Il appartient à la Maison militaire de Sa Majesté. Protégé du roi Louis et chevau-léger de sa garde il est envoyé spécial en charge de missions délicates. Il a tout le vernis nécessaire pour briller à la cour avec révérences élégantes et traits d'esprit, il a un besoin de violence qui le rattrape et l'amène dans des situations délicates.

Le romancier fait évoluer, tout au long de son histoire, une noblesse bouffie de sa pseudo importance par son statut retrouvé, pour les plus anciens et, pour les plus jeunes, par le seul souci d'assouvir tous leurs plaisirs. Protégés par leurs titres et leurs réseaux, ils se considèrent hors des lois du commun, intouchables, inattaquables. L'auteur anime alors une théorie de personnages presque tous aussi déplaisants les uns que les autres par leur morgue, leur arrogance et leur fatuité. Ne fait-il pas dire : "... or on n'interrogeait pas un gentilhomme, par nature au-delà de tout soupçon". Ou "Pouvons-nous cependant imaginer qu'un souteneur ait pu s'attaquer à un homme de condition ?" On ne peut que faire le parallèle avec la classe politique actuelle faite d'arrivistes claniques qui se protègent les uns les autres.

Avec tous ces éléments, Christophe Estrada bâtit une intrigue subtile, instillant une tension qui va croissant tout au long du livre. Il jongle avec les péripéties, joue avec les rebondissements pour les mener à un terme inattendu. Une écriture châtiée, une construction narrative maîtrisée, un vocabulaire relevé, des dialogues efficaces, des péripéties enlevées aident grandement à transformer ce récit attrayant en un roman de haute tenue.

Hilarion est un héros que l'on retrouverait avec beaucoup de plaisir dans de nouvelles aventures.

Récompenses :
Prix Interpol'Art "Roman" 2012

Citation

- Je vous avais cru l'un et l'autre engagés.
- Oh, je crains que les goûts du vicomte ne l'aient emporté sur la dot dont M. de Loubières m'avait coiffé.

Rédacteur: Serge Perraud jeudi 18 octobre 2012
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