La Capitana

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Roman - Guerre

La Capitana

Politique - Historique - Guerre MAJ mardi 25 septembre 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20 €

Elsa Osorio
La Capitana - 2012
Traduit de l'espagnol (Argentine) par François Gaudry
Paris : Métailié, août 2012
332 p. ;
ISBN 978-2-86424-876-7

Yo no soy capitan, soy capitana !

La Capitana, c'est Micaela Feldman Etchebéhère, dite Mika. Une héroïne, une femme dans la guerre, dans le siècle et dans la révolte. Il faut dire qu'elle l'a connue très tôt cette idée révolutionnaire, dès son enfance argentine : "La révolution est en moi depuis toujours. J'ai grandi avec les récits des révolutionnaires rescapés des pogroms et des prisons de la Russie tsariste." Mais pas facile pour une femme d'être dans la lutte dans ce deuxième quart du XXe siècle. Pourtant, elle y parvient, sans aller au bras de fer. Elle qui n'a aucune connaissance des armes et de l'armée, parvient à prendre des décisions vite et bien. Elle impose un respect naturel par son charisme, son intelligence et son humanité. Il faut bien admettre également que c'est un sacré mec. "Elle aurait préféré entendre : cette femme est une sacrée femme, et non pas un sacré mec. Mais le moment était mal choisi et la situation ne se prêtait pas aux discussions philosophiques sur la nature de l'homme et de la femme, et leurs coutumes en société."

Alors, un énième roman sur la guerre d'Espagne ? Certes, mais il y a dans la construction de ce roman quelque chose de parfaitement réussi. Raconté en trois temps principaux : la jeunesse de Mika et sa rencontre avec Hippolito, l'amour de sa vie, puis ses voyages en Patagonie, en Allemagne et à Paris. 1936 et les champs de bataille espagnols, bien entendu. Et puis l'après, cette installation définitive à Paris où Mika passe ses vieux jours. L'occasion de se rappeler, de fouiller les archives et les mémoires. Et partout, tout le temps, des rencontres : des femmes, des hommes, des enfants, des guerriers, des intellectuels, des journalistes, des politiques. C'est la deuxième originalité du roman, le récit se fait à plusieurs voix, on passe de la première à la deuxième personne du singulier, puis à la troisième. Trois niveaux de lectures et trois périodes qui s'entremêlent et donnent ce ton si original au récit.

On aurait pu tomber dans le panégyrique d'une déesse guerrière, mais là encore Elsa Osorio évite cet écueil. Parce que Mika connaît la peur : "la mort est si présente qu'elle la sent dans l'air. Celle de ses camarades. Et des autres." Elle connaît la peur et elle connaît l'amour. Celui qui la lie avec Hippolito qui partage avec elle sa conscience révolutionnaire. Lui qui a une santé si fragile et qu'elle doit protéger. Lui avec qui elle est en dialogue ininterrompu au-delà des épreuves et au-delà de la mort.
Elsa Osorio parvient à redonner vie à un personnage extraordinaire et méconnu. À travers lui, elle raconte une autre guerre d'Espagne. Comme son héroïne, elle avance simplement, en luttant, chaque phrase étant utile, aucune gratuité de style. Elle avance. Elle lutte.

Citation

Tout le catéchisme qu'ils ont appris sur la femme s'est effondré avec elle. Pour ne pas le déclarer faux et pour continuer à s'y conformer, ils jugent Mika différente : un être hybride, ni homme ni femme, ou pire encore, un sacré mec.

Rédacteur: Gilles Marchand lundi 24 septembre 2012
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