L'Apparence de la chair

Elle emmenait parfois Justine à la cave pour lui donner une leçon : elle l'installait dans la cuve et allumait le feu. Jamais assez chaud pour la brûler, jamais à ce point.
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Roman - Thriller

L'Apparence de la chair

Tueur en série MAJ mardi 18 septembre 2012

Note accordée au livre: 5 sur 5

Poche

Tout public

Prix: 9,95 €

Gilles Caillot
Paris : Le Toucan, janvier 2012
408 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-8100-0466-9
Coll. "Toucan noir"

Vérite à fleur de peau

Il est difficile de rendre compte de L'Apparence de la chair, thriller de Gilles Caillot, car il repose sur une idée forte qu'il est quasiment impossible d'évoquer sans déflorer par là-même le roman et sa conclusion. Le pire, sans doute, est que le roman tient sa force et toute sa sève, sans jamais faiblir sur cette idée - travail que salue Franck Thilliez, bon artisan en la matière, en couverture. Au départ, il y a un tueur en série qui a disparu quinze ans plus tôt en emmenant comme dernière victime la fille de l'inspectrice Branetti qui le poursuivait. Qu'est devenue la petite ? Pourquoi le tueur a-t-il arrêté de commettre ses crimes ? Les questions tournent en rond dans la tête de la policière qui ne s'est évidemment jamais remise de l'enlèvement de sa fille - ce que l'on comprend aisément. Ce tueur en série avait une particularité : il découpait la peau de sa victime, alors vivante, puis la cousait sur la victime suivante... Lorsque l'on finit par découvrir un cadavre selon le même modus operandi, on pense tout d'abord à un imitateur, à ce que l'on appelle dans le jargon un copycat, jusqu'à ce que l'on soit en mesure d'affirmer que la peau cousue est bien celle prélevée quinze ans plus tôt...

Gilles Caillot raconte une grande partie de l'histoire avec son inspectrice entre passé, obsessions, nouvelle enquête et angoisses qu'elle a - elle se demande entre autres si sa propre fille n'est pas la complice du tueur, et ne serait pas sa petite couseuse. Entre des crises de folie, des rencontres avec son psychiatre et son enquête parsemée d'absences mentales, de moments sur le fil, à la manière d'un Alfred Hitchcock ou d'un Philip K. Dick, sans que l'on sache si nous sommes dans la réalité, dans un fantasme ou dans un entre-deux propice à tous ces cauchemars. Maitrisant son sujet, l'auteur nous coince dans son cauchemar, le déplie sans jamais faiblir, sur des rails émotionnels que le lecteur ne contrôle plus, vers une fin à la fois logique et improbable. Nous savons que la catastrophe va arriver, nous savons que nous allons en être les témoins - et peut-être même les victimes -, et pourtant nous continuons de lire sans sourciller. Et c'est ainsi que L'Apparence de la chair concilie le meilleur du thriller (un suspense implacable, une continuité narrative qui fait tourner les pages), une analyse psychologique intense, et une écriture maitrisée pour constituer l'une des excellents surprises et agréables lectures de l'année.

Nominations :
Grand prix du balai d'or 2012

Citation

Terrorisée, elle s'exécute puis détourne la tête attendant la sentence. Respiration lente, ponctuée de grognements. Le sifflement de la pointe d'acier lancée à pleine vitesse. La douleur vive. Puis le néant.

Rédacteur: Laurent Greusard samedi 15 septembre 2012
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