Le Camion

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lundi 23 juillet

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Roman - Noir

Le Camion

Social - Assassinat - Complot MAJ dimanche 20 août 2017

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 9,65 €

Per Wahlöö
Lastbilen - 1962
Traduit du suédois par Philippe Bouquet
Paris : Rivages, mai 2012
366 p. ; 17 x 11 cm
ISBN 978-2-7436-2355-5
Coll. "Noir", 868

Franco de port

Le Camion, de l'auteur suédois Per Wahlöö, est un roman dense et politique écrit en 1962 qui se déroule en Espagne quinze ans après l'arrivée de Franco. Dans un petit village portuaire vivent en parfaite harmonie l'Allemand Willi Möhr et un couple norvégien, Dan et Siglinde Pedersen. Les trois sont plus ou moins artistes, plus ou moins sans le sou. D'ailleurs, c'est la raison de leur arrivée en ce village par des chemins différents. On peut y vivre sans avoir à dépenser beaucoup d'argent. Ils se sont liés d'amitié avec les frères Alemany, Ramón et Santiago, pêcheurs et fils de pêcheurs. L'ambiance est bon enfant, les parties de pêche en pleine mer se suivent et se ressemblent, les bains nocturnes et les soirées à boire dans le café du port se multiplient. Siglinde est une jolie blonde qui joue de son charme. Elle voit sans voir le désir dans les yeux des deux frères qui s'enhardissent mais sont promptement remis à leur place. Mais ce désir dans leurs yeux est annonciateur de son viol et de l'assassinat du couple. L'enquête bâclée de la garde civile mènera directement Willi sur le sentier de la vengeance.

Ce fait divers ne serait que ordinaire, et son récit, quoique bien écrit, le serait tout autant, mais Per Wahlöö l'inscrit dans la grande Histoire engagée. Celle des soubresauts d'une guerre d'Espagne qui ne cesse d'agoniser avec l'héritage géopolitique issu de la Seconde Guerre mondiale. Dans un pays exsangue, les grèves sont interdites. Le moindre acte de rébellion est considéré comme un acte fomenté par les Rouges. Auteur engagé, communiste assumé, ayant vécu en Espagne à la même époque, Per Wahlöö relate les événements qui ont essaimé une région. Il dépeint une grève dans une mine où les grévistes, la mort dans l'âme combattent des troupes d'élite avec des pioches faute de munitions. Où l'on massacre les ouvriers et où l'on viole leurs femmes. Où les survivants sont emprisonnés ou exilés. Les acteurs déchus de la guerre d'Espagne attendent fatalistes la relève. Où Willi descend de la maison du Barrio Son Jofre en camion, puis quand le moteur de ce dernier défaille, à pieds. Il n'a pas le sou. Il vivote, pique du bois mort à son voisin, a une ardoise au troquet où il boit quotidiennement un café con leche, fume des cigarettes Ideales, mange du pain imbibé d'huile d'olives, croise le second des frères Alemany avec cette ambiguïté toute romanesque sur l'assassinat revanchard, et surtout rencontre le sergent Tornilla, aux bottes impeccablement cirées, aux questions incessantes, à la recherche d'une vérité que l'Allemand s'ingénie à cacher.

L'Allemand à été aux Jeunesses hitlériennes, il a participé à la Seconde Guerre mondiale, à vécu l'éclatement de l'Allemagne, s'est retrouvé Allemand de l'Est. Per Wahlöö n'a alors pas le même regard acéré sur cette RDA. Les explications du départ de Willi Mohr ne tiennent pas à la situation politique de son pays, mais à la dureté économique. D'ailleurs, vers la fin du roman avant que son destin le rattrape, il songera sérieusement à revenir dans son pays, comme si la solution se trouvait à l'Est. Lu avec le recul historique, ce roman peut être le reflet de l'aveuglement idéologique de Per Wahlöö, il n'en demeure pas moins le témoignage poignant de l'Histoire, de celle où les hommes avaient des idéaux, des convictions, faisaient et défaisaient. L'écriture est un brin désuète et nostalgique, très reconnaissable des années 1960. C'est peut-être pour cela que cette histoire triste qui fourmille de détails ne peut s'oublier...

Citation

La plupart des gens font exactement les mêmes choses, qu'ils vivent dans une démocratie idéale ou une tyrannie. La différence est très mince au quotidien. Les gens travaillent, mangent, baisent, vont se coucher fatigués le soir et se lèvent encore plus fatigués le matin.

Rédacteur: Julien Védrenne jeudi 16 août 2012
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