Le Dernier Lapon

Yeruldelgger, tout comme la plupart des Mongols, ne savait rien des exactions commises par les nazis en Europe.
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Roman -

Le Dernier Lapon

Ethnologique MAJ jeudi 13 septembre 2012

Samis sans défense

L'Australie a ses Aborigènes et les États-Unis ses Amérindiens. L'Europe est civilisée et a fait disparaître les siens. Non pas tout à fait. Comme chez Asterix, certains résistent encore, et les derniers Aborigènes européens sont le peuple Sami. Coincé au nord de l'Europe, les derniers nomades essayent de s'adapter au monde moderne sans renier leurs traditions. Comment rendre compte de cette situation ? Olivier Truc, journaliste de son état, correspondant du Monde et du Point à Stockholm depuis près de vingt ans, choisit de présenter cette population à travers une enquête policière qui joue sur le présent, le passé et le recours aux plus fines des traditions pour découvrir la vérité. Car un meurtre très récent et le vol d'un tambour ancestral permettent de découvrir à la fois les coutumes, la réalité actuelle et certains retours sur le passé - l'évangélisation forcée et l'esclavage.

Une grande partie de l'intrigue du Dernier Lapon joue donc sur cette dichotomie entre le passé et le présent, et il n'est pas innocent que la vérité tourne autour de la fracture causée par la construction d'un barrage et la recherche des nouvelles ressources minérales qui risquent de bouleverser l'équilibre fragile. Difficile en effet de concilier les Français à la recherche d'uranium avec des techniques modernes, et un berger qui continue de châtrer ses rennes avec les dents ! Mais la vision d'Olivier Truc n'est pas manichéenne. Il montre aussi des indigènes qui trahissent leur propre culture ou certains qui, malgré la tradition, sont aussi cupides et méchants que les blancs censés représenter l'ennemi commun. Il n'y a pas un côté blanc et un côté noir mais des humains qui essayent d'avancer en respectant ou non ce dont ils viennent, en écoutant le son des tambours traditionnels ou les sirènes de la modernité.

L'auteur joue finement en appuyant sur les descriptions de la nature, en laissant des blancs dans son intrigue et dans la motivation de ses personnages, en ne révélant que quelques éléments pour bien faire entrer le lecteur dans une atmosphère d'incompréhension des autochtones. Autant la vénalité, la corruption et le mauvais goût des Européens éclate, autant la difficulté à comprendre totalement les motivations des Samis crée une atmosphère qui rend correctement la difficulté à percer une autre culture, à y appliquer nos codes de lecture simples, nos psychologies précises. Le Dernier Lapon, peut-être mais, il faut l'espérer, pas le dernier roman.


On en parle : 813 n°117 |L'Indic n°23 |La Vache qui lit n°139

Récompenses :
Prix Interpol'Art "Roman" 2013
Prix Polar Michel Lebrun 2013
Prix Mystère de la Critique 2013
Mille et une feuilles noires 2013
Prix "Saint-Maur en poche" catégorie polar 2014

Nominations :
Prix Plume libre : Nouvelle plume polar/thriller francophone 2013
Prix Arsène Lupin 2013
Prix littéraire du Goéland masqué 2014

Citation

Là où ils voyaient des mines et ce qu'ils appelaient le progrès, les éleveurs voyaient autre chose. Ils voyaient des routes qui couperaient leurs pâturages, des camions qui effraieraient leurs rennes, des accidents lorsque les animaux devraient traverser les routes.

Rédacteur: Laurent Greusard mercredi 04 juillet 2012
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