¡Viva la muerte!

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mardi 16 octobre

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Roman - Policier

¡Viva la muerte!

Politique - Historique MAJ jeudi 31 mai 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 25 €

Frédéric Bertin-Denis
Paris : Kyklos, juin 2012
530 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-918406-26-6

L'Histoire est une suite d'histoires

Il y a de cela plusieurs siècles, le Grec Hérodote a rapporté les faits dont il avait connaissance dans un ouvrage intitulé Enquêtes, ce qui, en tenant compte de la langue grecque, a donné en français Histoire. Qu'est-ce qu'une enquête policière, sinon le besoin de reconstituer une histoire, une chronologie à travers des destins individuels ou collectifs ? C'est autour de ces thèmes que va se construire ¡Viva la muerte!, le roman policier de Frédéric Bertin-Denis. Nous avons d'une part, une enquête policière traditionnelle qui pose l'évidente question de savoir qui a bien pu vouloir tuer de manière aussi sauvage et inquisitrice un vieil archevêque, qui s'accompagne de la découverte essentielle du lien qui devra être fait avec d'autres morts aussi horribles et présentant des similitudes avec le premier crime. Et d'autre part, nous avons un policier chargé de l'enquête, El Gordo, qui, pour répondre aux besoins de ses investigations, va devoir se plonger à la fois dans l'histoire collective de l'Espagne depuis les années 1920 et le Franquisme, et dans sa propre trajectoire personnelle. Car à l'histoire du pays répond à travers tous les protagonistes du drame l'histoire des individus. Les courages, les peurs, les lâchetés, les trahisons, ceux qui croyaient en un avenir politique comme ceux qui voulaient profiter des situations pour bâtir leur propre avenir individuel.

Même si les caractères sont bien typés, ils ne sont jamais caricaturaux. D'un côté la morgue de ceux qui ont suivi la pente franquiste par conviction, par choix, par opportunisme (le portrait de la femme du maire) ou par obligation (un truand vicieux qui voit-là le moyen d'assouvir ses instincts tout en étant couvert légalement). De l'autre, des victimes présentées en pleine dignité, des coupables qui après tout pallient les manques de la société. Le roman est renforcé par la mise en avant de deux policiers râleurs, bons vivants (au régime alimentaire solide et liquide suicidaire), fruits de leur jeunesse engagée et punkisante. L'un d'eux, le fameux El Gordo, doit lutter contre son chef (membre réactionnaire de la police), contre ses propres angoisses (son père a été un responsable de la police sous Franco). L'autre est plus pragmatique, prêt à quelques indélicatesses pour régler les affaires, utilisant les truands, les coups bas pour obtenir ce qu'il veut. Mais ces deux personnages centraux ne peuvent faire oublier les autres acteurs du roman, qui, en quelques lignes ou pages, acquièrent une dimension vivante aux yeux des lecteurs.

La grande force de ce roman, passionnant de bout en bout, est, par dessus cette galerie de personnages attachants, de mélanger une enquête forte et des retours en arrière (sous forme de lettres, de journaux intimes - hommage au travail d'historien) qui à travers un cas très précis de la période sombre, montre enchevêtrement des destins humains et nationaux. Des membres de l'Église, des riches notables, des aristocrates côtoient des gens du peuple, des métayers, des syndicalistes, pour nous faire revivre l'histoire du peuple espagnol. Car à travers les diverses enquêtes qui ponctuent le roman, c'est l'Histoire de l'Espagne qui est montrée et, en même temps, le parcours individuel des personnages qui doivent eux aussi composer avec leur histoire personnelle, familiale...

Citation

Quand l'Hispano-Suiza écrasa la tête du malheureux, ses occupants ne sentirent même pas une légère secousse. L'officier de la Guardia Civil en fut un peu déçu, mais le propriétaire de la voiture en profita pour vanter la qualité exceptionnelle des suspensions.

Rédacteur: Laurent Greusard jeudi 31 mai 2012
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