L'Inscription de la terreur

Six ans que je travaille à Ravel. J'y arrivais, au début. J'enfilais mon costume. En rentrant je prenais une douche comme les gardiens de prison. Mais je me sens usée. Et j'ai encore un peu d'ambition.
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Nouvelle - Noir

L'Inscription de la terreur

Social MAJ mardi 24 avril 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 12 €

Yi Sang
Postface de Claude Mouchard & Ju Hyounjin
Traduit du coréen par Ju Hyounjin, Claude Mouchard
Les Petits matins, janvier 2012
194 p. ; 20 x 13 cm
ISBN 978-2-36383-003-6
Coll. "Les Grands soirs", 26

Singulier, pluriel

L'Inscription de la terreur, est un livre déstabilisant et brillant. Le genre de livre qui peut vite devenir un livre de chevet, tant il laisse cette impression qu'il y a encore beaucoup à explorer à travers de nombreuses lectures. Et pourtant, Yi Sang, n'aura vécu que sous le joug japonais, soumis à cette société où il grandit tant bien que mal, traversant autant les douleurs personnelles que les dominations de son pays. Il s'exprime par la poésie et de courts récits dont l'ouvrage ici nous donne des extraits. L'auteur explore différents genres et ne se contraint à aucune règle, mais une résurgence de mélancolie et de frustration habille son œuvre. Tout Yi Sang semble se contenir dans ses mots :
sans développement ni progression
c'est la colère


L'ouvrage s'ouvre sur huit nouvelles. Inspirées d'un quotidien banal où une forme d'insipidité de la vie des personnages côtoie les divers dégoûts qu'exprime le narrateur - pour les autres autant que pour lui-même. Le récit dans sa forme est, lui, loin d'être une accalmie. Yi Sang donne à ses nouvelles dès le début des titres qui nous mettent en garde. C'est alors une alternance de récits arrogants et cruels, où il sème la noirceur de l'âme d'un mari perdu au fil des pages avec des nouvelles contées dans une langue très poétique dont on a envie de lire certains passages à haute voix. Et puis Yi Sang nous offre deux récits autobiographiques. Dans un premier temps apparait le double de l'auteur - Yi sang va jusqu'à imaginer sa stèle funéraire où il y sera gravé "Génie de son temps" - qui fait un étrange écho à la véritable mort de l'auteur qui surviendra un an plus tard. "Je suis un corps mort", écrit-il affaibli par la maladie. Les éléments réels, matériels sont très rares, l'auteur étant attaché à nous décrire en majorité ce qui se passe à l'intérieur de ses personnages et de ses propres doubles. Dans un second temps, le flou entretenu sur sa vie disparait. "L'Enfant squelette", avant-dernière nouvelle, est d'une construction subtile et remarquable. C'est dans sa forme celle qui se rapproche le plus du récit policier dans le sens où elle en manipule les codes. Chaque personnage rentre en scène en sortant un couteau. Mais pour une activité du quotidien et non pour tuer, comme nous pouvons l'imaginer avec les protagonistes. À nouveau, nous assistons au repli d'un homme sur lui-même, le lecteur devra se laisser abuser pour apprécier un Yi Sang qui pousse sa réflexion jusqu'à l'abstraction.
Cinq poèmes poursuivent le voyage de cet auteur de la singularité. Les premiers sont assez conceptuels mais lisibles. On pense aux expériences littéraires d'un Perec ou d'un Queneau. Ainsi dans un extrait du "Poème N° 2" écrit-il : Je deviens encore le père de mon père pourtant mon père est tel qu'est mon père mais pourquoi devenir toujours le père du père. L'auteur tend vers sa propre mise en abyme pour parfois basculer vers l'abstraction totale comme dans "Étrange réaction réversible". Ses derniers textes plus ou moins anecdotiques sont là comme les dernières traces de l'écrivain. Yi Sang transparaît dans tous ces récits avec mélancolie et cruauté sa langue est souvent flamboyante et, avouons-le, la noirceur n'a jamais été aussi belle.

Deux postfaces, véritables biographie et analyse de l'œuvre, complètent ce singulier ouvrage. Ju Hyounjin et Claude Mouchard nous expliquent pourquoi nous avons là les écrits d'un auteur exceptionnel où foisonnent les récits noirs et, répétons-le, cruels, mais où la violence des propos est transcendée par le style qui, parfois, surpasse même son sujet. Il raconte des histoires d'hommes vils, d'écrivains sur le déclin, de gens qui ne s'aiment pas. Yi Sang apparait comme un hybride d'Edgar Allan Poe qui parlerait alors au travers de Nathalie Sarraute et de Marguerite Duras.

NdR - Ce recueil comporte les nouvelles suivantes : "L'Araignée rencontre le cochon", "Anatomie des derniers instants", "L'Inscription de la terreur", "L'Enfant-squelette", "La Succession malheureuse", "L'Illusion", "Le Bœuf et le dokebi" & "Les Cheveux au carré" ; et les poèmes suivants : "Miroir", "Perspective à vol de corbeau", "Stèle en papier", "Étrange réaction réversible" & "BOITEUX, BOITEUSE".
Postfaces. "Yi Sang, une écriture de la singularité", par Ju Hyounjin. "Couper l'eau avec un couteau", par Claude Mouchard.

Citation

Cette nuit, sa femme est tombée dans l'escalier. "Ne te soucie point du lendemain", dit l'homme sage. Il a raison.

Rédacteur: Kristophe Noël lundi 23 avril 2012
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