Une irrépressible et coupable passion

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Roman - Noir

Une irrépressible et coupable passion

Assassinat - Faits divers MAJ mercredi 04 janvier 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21 €

Ron Hansen
A Wild Surge of Guilty Passion - 2011
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Vincent Hugon
Paris : Buchet Chastel, janvier 2012
312 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-283-02527-7
Coll. "Littérature étrangère"

Boires et déboires passionnels

"On ne rappellera jamais assez le rôle joué par l'alcool dans l'histoire criminelle. Excitant dramatique, il révèle la face sombre des esclaves de ce vice et mène des individus à la vie la plus banale sur le chemin du crime." Cette affirmation déductive de Christophe Belser dans ses Nouvelles affaires criminelles d'Ille-et-Vilaine, trouve un écho très particulier dans Une irrépressible et coupable passion, le dernier roman documenté de Ron Hansen. Ne vous fiez pas au titre qui évoquerait plutôt un mauvais roman à l'eau de rose, c'est ainsi que le New York Daily Mirror titrait au lendemain du drame que Ron Hansen dépeint avec talent pendant plus de trois cents pages.

La ravissante Ruth Snyder est mariée au très bourgeois Albert Snyder. Ils ont eu une enfant. Mais Ruth Snyder est une jeune femme ambitieuse et égoïste qui n'entend pas passer les meilleures années de sa vie avec un vieil homme ronchon qui la méprise. Elle collectionne les amants pour tuer le temps, et décide d'en manipuler un à outrance afin qu'il tue son mari. L'amant-proie, c'est Henry Judd Gray, un modeste représentant en lingerie, qui a une vie peu reluisante. Il se retrouve entre les bras de cette vamp qui lui promet beaucoup en même temps qu'elle tisse une toile savante et machiavélique. Elle comprend très vite que l'aliénation sexuelle et passionnelle ne sera pas suffisante, qu'il n'aura pas le courage de commettre ce crime, alors elle le pousse vers l'alcool pour y trouver un renfort tout en artifices. C'est justement l'alcool qui sera leur perte.

À partir d'un véritable fait divers qui défraya la chronique aux États-Unis en 1925, Ron Hansen écrit un récit captivant qui puise à la source même du Mal. Ruth Snyder multiplie les péchés capitaux. C'est une succube de la pire espèce. On assiste impuissant à la lente agonie morale de cet homme obscur et banal qu'est Henry Judd Gray. Il n'a que très peu de volonté, mais en même temps il est mythologique. C'est dans le couloir de la mort de la fameuse prison de Sing-Sing qu'il prendra réellement toute sa dimension avec un recueillement religieux de première, et un courage à toute épreuve au moment de s'asseoir sur la chaise électrique encore toute souillée par sa maîtresse, qui, elle, aura vécu ses dernières heures dans la plus vile des lâchetés, n'hésitant pas à accuser sa proie d'être l'instigatrice manipulatrice du crime.

Hormis le déroulement dramatique et final, connu de longue date (il a inspiré James M. Cain pour Le Facteur sonne toujours deux fois et Assurance pour la mort), le principal attrait de ce roman est de revenir sur un fait divers, qui détrôna en son temps de la Une des journaux l'affaire Saccho et Vanzetti, depuis sa naissance. S'il fallait une preuve de plus pour traiter de l'impact de ce fait divers sur les Américains, il suffirait simplement de raconter que le réalisateur américain Samuel Fuller en 1994, peu de temps avant sa mort, avait pour projet de monter le film Ruth Snyder vs. Electric Chair à partir d'un scénario de son cru. Paperboy âgé de treize ans à l'époque des faits, il avait pour mentor Gene Fowler, journaliste criminel qui suivit l'affaire. Ce même Samuel Fuller devait plus tard débarquer à Omaha Beach... Et pourtant, cinquante ans après, il pensait toujours à Ruth Snyder...

Pas à pas, Ron Hansen suit ses protagonistes, observe leurs activités, leurs passivités, leurs ébats, leurs déboires, leurs souleries, leurs esclandres, leurs méfaits, leurs sournoiseries, leurs mesquineries. Si Ruth Snyder est bel et bien victime de son ambition et de sa cupidité, Albert Snyder, qui mourra atrocement et lentement, apparait comme un homme méprisant. Au point que l'on est en droit de se demander si la seule victime dans cette histoire n'est pas Henry Judd Gray. Ce serait, bien entendu, oublier les victimes collatérales : la famille de Gray, l'enfant de neuf ans d'Albert et Ruth Snyder (dont le devenir est escamoté à la fin de l'ouvrage). Il en reste un ouvrage très littéraire, qui tisse les destins de trois personnes en explorant l'âme sous trois formes distinctes et révélatrices.

Citation

N'eussé-je perdu tout sentiment de Dieu et été à la dérive, j'aurais pu me détourner de l'abîme et dissuader Ruth en prime. Assurément, Dieu m'incitait en esprit à faire le bien. Mais lorsque l'esprit en question a été amoindri à un degré tel que le mien, [une telle incitation] n'est guère plus que le salut d'un ami qu'on ne reconnaît pas.

Rédacteur: Julien Védrenne dimanche 01 janvier 2012
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