L'Abîme

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lundi 16 septembre

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Roman - Policier

L'Abîme

Énigme MAJ vendredi 02 décembre 2011

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 7,2 €

Wilkie Collins & Charles Dickens
No Thoroughfare - 1867
Traduit de l'anglais par Madame Judith de la Comédie-Française
Paris : Le Masque, février 2010
224 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-7024-3481-9
Coll. "Labyrinthes", 182

Quand un gouffre s'ouvre sous vos pieds...

L'échange d'enfants, volontaire ou non, est un des moteurs d'intrigue régulièrement utilisé dans la création artistique. Il est passionnant de mesurer ce que deux géants de la littérature comme Charles Dickens et Wilkie Collins, en ont fait, en 1867.

Novembre 1835, au début de la nuit, une femme arrache deux mots à une autre : le prénom et le nom de l'enfant entré et baptisé lundi soir à l'Hospice des Enfants Trouvés.
En octobre 1847, une femme convainc une responsable, fort réticente, de l'Hospice des Enfants Trouvés, de lui désigner l'enfant qui s'appelle Walter Wilding. L'inconnue l'adopte.

Walter Wilding se félicite de la vie qu'il mène malgré le chagrin qu'il éprouve avec la mort récente de sa mère adorée. Il est chef d'une entreprise et veut faire le bonheur de ceux qui travaillent pour lui, imaginant de transformer sa société en une sorte de communauté idéale.
Il veut prendre un associé et créer un emploi de femme de charge. Parmi les nombreuses postulantes, il retient Sarah Goldstraw pour ses compétences, son attitude et parce que sa voix lui rappelle celle d'une employée à l'Hospice, quand il était enfant.
Lorsque Walter évoque sa mère aimante, elle semble gênée. Avec mille difficultés, elle lui avoue qu'il n'est pas celui qu'il croit. Walter Wilding avait été adopté très vite et comme le nom était libre... Il comprend qu'il a usurpé une place, qu'il a spolié quelqu'un de son héritage !

Si l'on reconnaît à Charles Dickens l'art de créer des personnages, de les placer dans des ambiances pour le moins périlleuses, on accorde à son ami, Wilkie Collins, le goût pour les énigmes tortueuses et le mystère. Ces deux auteurs de renom se sont associés pour signer un roman qui relève du drame psychologique et du thriller (avant l'heure). Ils construisent une intrigue dense, aux nombreux rebondissements qui devaient être amenés, imposés par le mode de publication. Ils brossent une galerie de personnages qui reflète la société victorienne.
Ils reprennent le désespoir de ces jeunes femmes sans soutiens et sans ressources, condamnées à abandonner un enfant malvenu.
La lecture de ce livre est passionnante par l'éclairage de la société, de son mode de fonctionnement. Ils montrent, par exemple, que les formalités d'adoption étaient réduites à leur plus simple expression, sans trop se soucier du devenir des enfants. Cette fois-ci, les romanciers donnent un début d'existence avantageux à l'enfant en le plaçant chez une "mère" aimante qui lui assure statut social et aisance financière. Ils évoquent également une société idéale nourrie de valeurs sociales. Mais le machiavélisme des auteurs les poussent à mettre sur le parcours de leur héros, d'un tempérament sensible, des situations qui l'angoissent, des complots, des traitrises et de multiples dangers.

Ce roman, publié en feuilleton dans une revue de Charles Dickens, a fait, concomitamment, l'objet d'une pièce de théâtre, avec une intrigue "allégée", jouée une fois.

Les éditions du Masque ont repris la traduction de Madame Judith de la Comédie française (1827-1912), réalisée en 1872. Si l'on trouve un intérêt à une traduction menée par un contemporain des romanciers, il faut se souvenir que les "traductions", jusqu'à une période récente, étaient des adaptations, plus ou moins libres selon la politique de l'éditeur. On ne peut que souhaiter une retraduction plus actuelle comme pour les romans d'Agatha Christie ou les "Aventures de Sherlock Holmes", éclairant d'un jour nouveau la personnalité de l'écrivain, la vérité de ces écrits.

Les talents conjugués de Charles Dickens et Wilkie Collins donnent L'Abîme. Ce livre méconnu est riche en intrigue, en suspense et en tableaux d'une société, par des témoins de l'époque.

Citation

Quand cette malheureuse dame, dont vous me montrez l'image, vint, au bout de quelques années vous retirer de l'Hospice, reprit Mme Goldstraw d'une voix ferme, elle fut victime... et vous aussi, monsieur... d'une terrible méprise.

Rédacteur: Serge Perraud vendredi 25 novembre 2011
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