Red Room Lounge

Il se rendit compte soudain qu'elle était la seule femme à se promener dans ce parc sans être accompagnée. Il en déduisit que l'endroit devait être dangereux, soupçon confirmé lorsque les hommes se retournèrent pour continuer à la regarder. Ils ne la suivirent pas, mais il savait qu'ils en avaient envie. Une femme solitaire, c'était soit une offrande pour un homme, soit une créature en manque de discipline.
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Roman - Noir

Red Room Lounge

Drogue - Corruption MAJ jeudi 16 février 2012

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20 €

Megan Abbott
Die a Little - 2005
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean Esch
Paris : Le Masque, novembre 2011
310 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-7024-3458-1

Alice, Lois et Lora : hommage à Howard Fast

L'écriture précise est intelligente et tout empreinte d'une douce culture héritée du cinéma hollywoodien des années 1940-1950. Elle a ce côté suranné à la limite de l'odeur nahtalinée que l'on peut trouver dans les romans qu'Howard Fast à dédié à ses héroïnes. D'ailleurs, la ressemblance et l'héritage sont frappants à tel point que l'on se demande, à la moitié de la lecture de l'ouvrage, pourquoi il ne s'intitule pas Alice comme son glorieux aîné. Il faut dire que Megan Abbott, avec Red Room Lounge nous délivre un petit bijou littéraire à l'atmosphère oppressante.

Lora et Bill King sont sœur et frère. Elle est enseignante et lui policier. Ils vivent une relation fusionnelle dans laquelle s'engouffre Alice Steele, costumière pour le cinéma qui a eu le bonheur de croiser la route de Bill. Une histoire somme toute banale dans la littérature. Alors Megan Abbott peaufine ses personnages, exploite leur psychologie, y ajoute des tensions. L'on ne sait rien du passé d'Alice qui cultive les identités et les relations troubles avec des personnages peu recommandables comme Lois, droguée, objet sexuel et battu, ou encore Mike Standish, attaché de presse imbu de sa personne qu'elle jette dans les bras de Lora. Mais pour Lora, il y a trop de zones d'ombre alors elle enquête, et ce qu'elle découvre ne lui plait pas.

Lentement, Megan Abbott développe son intrigue. Si Los Angeles et son héritage littéraire nous plongent dans un splendide roman noir, l'intrigue, elle, tend vers le meilleur du thriller. La tension palpable va crescendo mais très lentement. Le principal attrait du roman tient justement à cette lenteur maîtrisée et assumée par Megan Abbott qui prend-là le contrepied des auteurs actuels pour lesquels il est plus important de planter à la va-vite un décor avant de nous proposer des rebondissements machiavéliques. On attend le moment où tout va s'accélérer, se détruire, entrer en collision. D'ailleurs, c'est justement quand on se demande à quel moment on va vraiment commencer à entrapercevoir où l'auteur veut en venir que celle-ci appuie sur l'accélérateur en multipliant les fausses pistes, en exploitant deux-trois nouveaux personnages qu'elle ébauche avec précision avant de nous proposer une issue somme toute logique qui nous prend cependant en faute : Megan Abbott, on l'avait oublié, s'était attaqué à un roman sur les affres humaines.

Citation

Elle dénichait des filles. Elle dénichait toutes les filles, Lora. Je l'ai vue faire. Elle les connaissait tous, la Fille au mètre ruban. C'est comme ça qu'elle les rencontrait. On raconte qu'elle choisissait celles dont elle pensait qu'elles se vendraient le mieux.

Rédacteur: Julien Védrenne dimanche 20 novembre 2011
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