Comme sur des roulettes

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mardi 12 novembre

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Roman - Policier

Comme sur des roulettes

Assassinat MAJ lundi 03 octobre 2011

Note accordée au livre: 2 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 6,9 €

Patrice Dard
François Boucq (illustrateur de couverture)
Paris : Fayard, septembre 2011
280 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-213-66273-2
Coll. "Littérature française"

Le freak, c'est pas chic

Chroniquer le dernier opus des "Nouvelles aventures de San-Antonio" par Patrice Dard, c'est en réalité faire la synthèse de sa production depuis maintenant deux bonnes années, tant les crus se suivent et se ressemblent.

On ouvre le livre et on ne peut pas s'empêcher d'espérer. De se dire qu'enfin ça y est, on va avoir droit à un bouquin hors-normes (sinon, pourquoi lire du "San-Antonio" ?). On trépigne, on se languit, on reprend espoir, on a envie d'avoir la foi ! De fait, les situations de départ sont toujours prometteuses, les premiers chapitres accrocheurs. Dans le cas présent, un infirmier retrouvé assassiné dans l'unité de tératologie d'un hôpital parisien. La tératologie, c'est l'étude des monstres humains : femme-cochon, elephant man, homme à deux têtes, etc. Autant de cas monstrueux et avérés. Alors certes, on ne s'attend pas à ce que Patrice Dard nous revisite Un froid d'enfer de Joe R. Lansdale, mais enfin quoi ! Des monstres humains et Bérurier dans un même hôpital, on est en droit de s'attendre à du grotesque, du burlesque, de l'excès, du dérangeant, bref, du San-Antonio !

Mais non. Et c'est bien là le problème de la série depuis maintenant quelques années. La mayonnaise ne prend pas. Ne prend plus. La situation initiale propice à la démesure se dégonfle aussitôt, s'essouffle. Le côté incongru de la série se polit avec le temps. Bérurier et Pinaud sont réduits à de simples silhouettes. Remplacer Béru et Pinaud par Toinet et Amélie, je veux bien, mais franchement, on pourrait aussi bien remplacer le nom de San-Antonio par Rouletabille, on n'y verrait que du feu. La série est devenue une série ordinaire, honnête, mais sans plus. Intrigues tarabiscotées et écriture parfois épaisse. Patrice Dard a progressivement gommé l'excès de la série, là où il aurait sans doute fallu qu'il la cultive.

C'est pourtant un très bon auteur, et un raconteur d'histoires expérimenté. Les dix premiers titres de la reprise sont d'excellente facture. Et les "Alix Karol" écrits dans les années 1970 (et réédités ces dernières années par Vauvenargues) sont de petits bijoux. Mais lorsqu'il avait repris la série, il y a dix ans, Patrice Dard avait du mal à assumer l'héritage et l'attente des lecteurs. Ça le torturait et ces doutes s'exprimaient dans ses histoires et son écriture. En laissant apparaître ses failles et ses faiblesses, il était San-Antonio, ce personnage auteur qui tant se dévoile malgré la gaudriole et le nez rouge. Depuis qu'il a décidé d'assumer l'héritage, amer paradoxe, ça s'appelle "San-Antonio", mais désolé, ça n'est plus du "San-Antonio".

Citation

- Vous ne semblez pas convaincu du suicide, a priori.
- A priori, si. Mais je me prémunis toujours contre les a posteriori.

Rédacteur: Aurélien Leclercq dimanche 02 octobre 2011
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