L'Origine du silence

Si les Irlandais ont le cœur orienté vers quelque chose, c'est vers la mort. Vu que leur fonds de commerce, c'est le chagrin, le décès d'une mère c'est un peu comme un putain de grand chelem réussi dans les dernières secondes de l'ultime rotation au base-ball.
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vendredi 14 décembre

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Roman - Insolite

L'Origine du silence

Historique - Guerre - Finance MAJ jeudi 08 septembre 2011

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20,9 €

Jed Rubenfeld
The Death Instinct - 2010
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Carine Chichereau
Paris : Fleuve noir, septembre 2011
574 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 978-2-265-09253-2
Coll. "Thriller"

L'instinct de mort ou l'instinct de vie ?

Jed Rubenfeld tisse un ensemble d'intrigues piquantes à partir de sujets aussi disparates qu'un attentat dévastateur sur Wall Street, les "Petites Curie" de la Grande Guerre, la psychanalyse débutante, l'Or des États-Unis et l'indépendance du Mexique.

Le 16 septembre 1920, à midi, au moment le plus animé de la journée, un engin de deux cent soixante-dix kilos explose au carrefour appelé The Corner où se trouvent les bâtiments du Trésor des États-Unis, de la bourse de New York et de la banque P. J. Morgan.
James Littlemore, capitaine de la police de New York, et Stratham Younger, médecin, chercheur à Harvard, sont sur les lieux accompagnés de Colette Rousseau, une jeune Française. Les deux amis viennent de se retrouver. Lorsque les États-Unis entrent en guerre, en 1917, James reste pour nourrir sa nombreuse famille alors que Stratham s'enrôle et vient sur le front dans la région de Nancy. Il y rencontre Colette, une manipulatrice formée par Marie Curie et Luc, son jeune frère mutique.
La guerre terminée, elle le suit en Amérique. C'est elle la cause des retrouvailles des deux amis. Elle a reçu un message sibyllin dont Stratham veut parler à James. Dans la fièvre qui suit l'attentat, elle est enlevée par trois hommes. Sa présence d'esprit permet à ses compagnons de la retrouver rapidement. Mais ceux qui en veulent à sa personne ne désarment pas.
Malgré les relations qui se sont nouées entre elle et le médecin, elle ne semble poursuivre qu'un seul but : rejoindre un soldat allemand dont elle a retrouvé trace en Autriche. Younger, ancien disciple de Freud, est persuadé que seul le Maître peut aider Luc à sortir de son mutisme.
Alors que Colette convainc Stratham de l'accompagner en Europe, à Vienne, James enquête sur cet attentat. Si pour les responsables du FBI, les auteurs ne peuvent être que des anarchistes, James découvre des éléments très troublants. Mais peut-il avancer dans sa recherche de la vérité ?

On sait que la première phrase d'un livre révèle la capacité de l'auteur à étonner et donne le ton du reste du roman. Aussi, quand on débute la lecture de L'Origine du silence avec : "La mort n'est que le commencement ; le plus dur vient après", on est enclin à attendre une histoire à la trame peu commune. D'autant que l'auteur a fait une entrée remarquée en littérature avec L'Interprétation des meurtres (Pocket, 2009), un roman historique qui met en scène Freud et ses confrères américains Jung et Ferenczi.

Toujours féru de psychanalyse, Jed Rubenfeld élargit, dans le présent livre, son récit à la Grande Guerre, aux conséquences désastreuses sur les esprits des soldats et des civils. Il entremêle, pour son trio de héros, plusieurs intrigues de natures policières, politiques, médicales, intimes et sentimentales, qu'il nourrit avec une foultitude de données historiques, de références scientifiques, techniques, humaines. Il offre, ainsi, un texte foisonnant d'idées, d'informations et de rebondissements attractifs et imaginatifs. Il a l'art d'entretenir un suspense à tiroirs, les révélations alimentant de nouvelles interrogations. L'auteur nous entraine, ainsi, de New York au Washington des années 1920, du Front de l'Est à Vienne, une ville particulièrement meurtrie...

Si Jed Rubenfeld enrôle, une fois encore, Freud pour son histoire, il intègre Marie Curie pour qui il semble avoir une profonde admiration. Il dresse un portrait chaleureux et humain de cette grande dame, ne gommant pas toutes les difficultés matérielles et financières auxquelles elle fut confrontée, tant dans ses recherches que dans sa vie privée. Il rend un hommage appuyé à Sherlock Holmes, faisant énoncer par James le même type de démonstration implacable ou se pencher sur l'étude de la cendre de cigarette.

Il mène son récit à un rythme soutenu, multipliant les références et les annotations étonnantes, les axiomes humoristiques sur les rapports hommes-femmes, les remarques sur les responsables et gouvernants. Il fait preuve d'une capacité d'analyse et de synthèses des situations pour en tirer le trait qui frappe.

Par contre, il donne une image peu reluisante du responsable de ce qui deviendra le FBI et de la plupart des hommes politiques qui traversent son récit.

Compte-tenu du sujet du livre, du ton employé, de la densité remarquable de la matière romanesque et historique, on peut regretter que l'auteur se soit laissé aller à un happy end de type "hollywoodien". La traduction du titre original, The Death Instinct en L'Origine du silence trahit quelque peu l'idée maîtresse du roman qui sous-tend toutes les intrigues.

Cela dit, ces remarques ne gâchent en rien l'ensemble du livre. L'Origine du silence est un roman remarquable, époustouflant d'intelligence, gorgé d'émotions. C'est une fresque historique de grande ampleur qui s'appuie sur des faits historiques réels. Une des concessions faites par Jed Rubenfeld à la fiction concerne les auteurs de l'attentat du 16 septembre, alors qu'aujourd'hui encore on ignore leur identité et leurs véritables motivations.


On en parle : Carnet de la Noir'Rôde n°44

Citation

En ce 11 novembre 1918, onze mille hommes furent tués ou blessés au cours de combats qui se déroulèrent alors que tous les officiers savaient le guerre finie.

Rédacteur: Serge Perraud lundi 05 septembre 2011
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