Communion mortelle

La piste de la société secrète, digne des bons vieux romans policiers d'Agatha Christie, était partie en fumée – ces intrigues en forme de puzzle appartenaient décidément à des temps révolus - et on se retrouvait dans l'actualité la plus brûlante : le capitalisme postindustriel, la mafia de l'Est, le krach financier des années 90.
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dimanche 22 septembre

Contenu

Roman - Policier

Communion mortelle

Historique - Assassinat MAJ jeudi 13 octobre 2011

Note accordée au livre: 5 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 8,2 €

Frank Tallis
Deadly Communion - 2010
Traduit de l'anglais par Michèle Valencia
Paris : 10-18, février 2010
352 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-264-04804-2
Coll. "Grands détectives", 4313

Eros et Tanathos

Herr Erstweiler, le client de Max Liebermann, est terrorisé. Il a vu son Doppelgänger, et qui voit son double meurt. Oskar Rheinhardt est appelé au jardin public du Théâtre impérial, près du temple de Thésée. Sur l'herbe, git le cadavre d'Adèle Zeiler, une jeune femme. Près d'elle, les policiers trouvent une culotte en coton rouge. Une personne se raconte. Elle se juge responsable de la mort en couches de sa mère. Elle est élevée dans un foyer triste, froid, lugubre. Le professeur Mathias, le médecin-légiste, se perd en conjectures. Rien ne révèle la cause du décès d'Adèle. C'est Haussmann, l'adjoint de Rheinhardt qui, en aidant le médecin à retourner le corps, touche une tige métallique dépassant du crâne. C'est une épingle à chapeau, l'arme du crime. Le père de la défunte reconnaît qu'elle faisait vivre toute la famille : ses parents et ses deux sœurs cadettes. Mais, assure-t-il, ce n'était pas de la prostitution. Il indique à l'inspecteur qu'elle avait rendez-vous, le jour de sa mort, avec Ludo Rainmayr, un peintre à qui elle servait de modèle. Celui-ci s'est spécialisé dans les tableaux licencieux mettant en scène des adolescentes dans des poses lascives. Il avoue avoir une clientèle importante de personnes "haut placées". Haussmann retrouve le commerçant qui diffuse ce modèle d'épingle. Mais ce dernier en a vendu deux au même homme, un grand brun aux yeux bleus. Une seconde jeune femme est retrouvée chez elle, dénudée, assassinée dans des conditions identiques. Entretemps, Max entreprend de parfaire l'éducation musicale de Miss Amélia Lydgate, à sa demande. Incidemment, il l'introduit auprès de Mathias, qu'elle séduit au point que celui-ci la réclame pour l'assister dans ses autopsies. Et de nouveaux cadavres sont découverts...

Dans la série "Les Carnets de Max Liebermann", dont Communion mortelle est le cinquième opus traduit, Frank Tallis fait revivre la ville de Vienne au début du XXe siècle. Autour de deux personnages emblématiques, Max, un jeune docteur en psychiatrie et Oskar Rheinhardt, un inspecteur de police marié et père de deux fillettes, l'auteur a constitué une équipe solide. Il a su en varier les composantes, multiplier les relations et s'autoriser des possibilités d'intrigue et d'aventures. Leur diversité lui permet d'explorer les différents visages de la capitale du royaume d'Autriche-Hongrie, le second État d'Europe en superficie, à cette époque. Si Max, son héros, est psychiatre, ce n'est pas dû uniquement au hasard. L'auteur est docteur en psychologie, spécialiste des troubles obsessionnels.
Autour de ce socle, Frank Tallis anime une galerie de personnages particulièrement riche et étoffée qui défile en une ronde endiablée pour servir un récit subtilement dosé, oscillant entre le thriller et le roman policier de facture plus classique. Sa connaissance aigüe des individus, de leurs comportements conscients et de leurs réactions inconscientes, lui permet de construire, avec une véracité remarquable, des histoires aux ramifications captivantes.
Il fait de Vienne un personnage à part entière, en décrit, dans le cours de l'enquête, les lieux, les différents milieux, les principaux acteurs et restitue l'atmosphère qui plaçait la ville, comme un des phares du monde de l'époque. C'est ainsi qu'il laisse une large place à l'art lyrique, donnant des avis très professionnels sur les œuvres, les compositeurs, les interprètes et ce, sans jamais être ennuyeux. Grâce à la gourmandise de l'inspecteur, il dresse un panorama presque exhaustif de la pâtisserie qui enchantait les palais des gourmets. L'auteur fait si bien ressentir le plaisir gustatif de son personnage que l'eau vient à la bouche. Mais, ne retranscrit-il pas ses propres sensations ?
Il mêle, dans le présent roman, parce que l'évolution de la psychiatrie s'attachait aux rapports entre Eros et Thanatos, le sexe et la mort dans une communion ultime. Il place, dans son intrigue nombre de perversions polymorphes découlant de l'instinct sexuel, depuis la prostitution, l'attrait des nymphettes qui séduit un public large et varié, jusqu'à des psychoses lourdes. Mais il évoque ces points avec tact, détaillant les symptômes et les effets de ces psychoses avec retenue. Il fait intervenir Freud dans le cadre de conversations avec Max. Il fait passer nombre d'idées passionnantes et de théories psychiatriques tels que pouvaient les émettre les spécialistes de l'époque. Il aborde également d'autres sujets plus légers comme l'étude et la découverte récente des groupes sanguins, l'évolution des vêtements féminins, avec l'abandon du corset...
Communion mortelle est un roman dont la lecture ne laisse pas indifférent, par la richesse de son cadre, la subtilité de son intrigue et l'intérêt que l'on porte aux personnages. On comprend aisément que ce livre ait été sélectionné par le jury du Prix Historia du roman policier historique.

Nominations :
Prix Historia du roman policier historique 2010

Citation

Écoutez, monsieur l'inspecteur, je ne suis pas un ange, je suis le premier à le reconnaître. Néanmoins, je me soucie des filles qui posent pour moi. Quand elles ont des ennuis, j'essaie de les aider. Je suis un artiste.

Rédacteur: Serge Perraud lundi 20 septembre 2010
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