La Face nord du cœur

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mardi 15 juin

Contenu

Roman - Policier

La Face nord du cœur

Ethnologique - Tueur en série - Écologique MAJ mercredi 09 juin 2021

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20 €

Dolores Redondo
La Cara norte del corazón - 2019
Traduit de l'espagnol par Anne Plantagenet
Paris : Gallimard, janvier 2021
682 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-07-288877-9
Coll. "Série noire"

Comme un ouragan...

Lorsque, à l'issue de catastrophes naturelles, la police retrouve d'étranges scènes de crimes où des familles entières sont exécutées puis mises en scène dans les décombres, le profiler star du FBI se lance vite sur la piste de ce qui semble bien être un tueur en série, signant ses crimes par la présence d'un instrument de musique. Jeune inspectrice de la police de Navarre envoyée en formation de profiling au siège américain du FBI, Amaia Salazar se trouve dès lors embarquée avec son formateur dans la traque de celui qu'ils appellent désormais le Compositeur. Pour le trouver avant qu'il ne frappe à nouveau, il importe de repérer les catastrophes naturelles. C'est alors qu'arrive Katrina et que, dans une Nouvelle-Orléans dévastée et transformée en terrain de jeu rêvé pour l'assassin, la poursuite doit s'engager, tandis que de vieilles affaires ressurgissent, qui ébranlent la raison même des enquêteurs.
Pour cette préquelle à sa désormais célèbre "Trilogie du Baztân", l'auteure espagnole Dolorès Redondo retrouve son enquêtrice hantée par un passé familial étouffant, mais l'entraîne loin des vallées enténébrées du Pays basque pour la placer dans les vastes paysages ouverts des États-Unis, au cœur d'une des plus grandes dévastations qu'ait connu le pays. Repérée pour ses dons intuitifs (qui lui serviront dans les autres romans) par son formateur, elle apporte un regard de témoin extérieur sur le désastre à mesure que l'ouragan s'approche, puis passe, laissant derrière lui une ville en ruines, noyée, dans laquelle flottent des cadavres et où tente de survivre une population laissée de côté par des équipes de secours débordées. Très documentée, cette enquête dans une ambiance post-apocalyptique constitue le principal intérêt du roman, mais non le seul. Remarquablement écrite, d'une densité de plus en plus cauchemardesque à mesure que le temps passe, que les communications comme les déplacements deviennent impossibles et que la difficulté d'arrêter le tueur augmente sans cesse, l'enquête de Salazar aurait pu donner un roman tendu comme un arc. Hélas, cette belle mécanique narrative est perturbée par des inserts sur la vie et les traumatismes enfantins de Salazar qui, certes, éclairent le personnage tout en ralentissant l'action, mais surtout par une autre enquête, relevant d'un précédent ouragan, à laquelle le profiler du FBI a été mêlé, qui ressurgit et à laquelle Dolores Redondo consacre de (trop) longs chapitres, qui se penchent sur la puissance de l'occulte et des croyances à la Nouvelle-Orléans, au risque de perdre le lecteur. Il en résulte un roman bancal, trop long, qui ne retrouve jamais totalement son équilibre, mais nous offre quelques très beaux portraits, et surtout de magnifiques instantanés d'une ville en ruines et de sa population, figures fugaces mais inoubliables croisées au détour des pages, finalement bien plus marquantes que tous les tueurs en série de la littérature.

Citation

Au loin, il vit des gens apparaître aux fenêtres et sortir, regardant autour d'eux comme des cosmonautes débarqués sur une autre planète, hostile, à l'atmosphère différente. Ils bougeaient lentement, observant la destruction partout, essayant de se persuader que tout ceci, en effet, était arrivé.

Rédacteur: Jean-François Micard mercredi 09 juin 2021
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