Kasso

Au téléphone, une dame douce et polie refuse de me donner un nom. Elle me dit qu'elle note et qu'elle transmet. Et je comprends avec une atroce amertume qu'ils sont débordés d'appels, que tous les cinglés, tous les paranos, tous les complotistes de France et de Navarre appellent aussi, et que mon affaire, ma pauvre Manon, est noyée dans ce fatras d'homicides non résolus, de rancœur, de sottise et de terreur ancestrale de la mort.
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Roman - Noir

Kasso

Arnaque - Artistique - Trahison MAJ jeudi 04 février 2021

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18 €

Jacky Schwartzmann
Paris : Le Seuil, février 2021
216 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 978-2-02-145396-6
Coll. "Cadre noir"

L'arnacœur et la larme à l'œil

Jacky Schwartzmann continue entre causticité et ironie amère de dresser le portrait de losers flamboyants. Avec Kasso, il s'intéresse plus exactement aux arnaqueurs dans un récit nostalgique mais toujours mené à cent à l'heure. Grâce à lui, les perdants magnifiques ont du style.
Le point de départ de cette intrigue tient en deux lignes : un homme est le sosie parfait de Matthieu Kassovitz, tant au niveau du physique que de la voix. Il profite de cette double ressemblance pour arnaquer des gens de quelques dizaines de milliers d'Euros et migre de ville en ville depuis une bonne vingtaine d'année. Et puis son père décède. Et puis sa mère perd la tête. Et le voilà de retour à Besançon, sa ville natale, avec du spleen à revendre et des ennuis matériels et financiers à résoudre. Cet homme, c'est Jacky Toudic. Le double pas que patronymique de l'auteur. Fils de parents tous deux professeurs de philosophie, il a fui un foyer oppressant dont il ne connait pas grand-chose. Sa mère se retrouve dans un Ehpad convaincue qu'il est un docteur qui peut lui fournir de l'herbe, et que son fils, Nagui, n'a pas le temps de venir la voir accaparé qu'il est par la télévision. Pour Jacky, c'est l'heure de retrouver d'anciens camarades, de trainer dans une petite ville de province pareille à mille autres et de surfer sur Internet à la recherche d'une âme solitaire en quête d'amour d'un soir. C'est sur Tinder qu'il rencontre Zoé, qui va tout d'abord lui poser un lapin avant de l'inciter à se lancer dans son casse du siècle à lui. Et le voilà parti à la recherche de cibles pour financer La Haine 2. Son but : rafler cinq millions d'Euros à un producteur déchu et s'enfuir au soleil. Sur le papier c'est plutôt simple. D'autant que Zoé est avocate dans le monde des affaires. Mais ce sera sans compter sur des aléas que l'on connait bien depuis que John Archibald Dortmunder, le cambrioleur autant sympathique que défaitiste de Donald Westlake, sévit. Comparaison n'est pas raison. Mais il y a un lien de filiation qui est sans nul doute à chercher derrière la sympathie que les deux romanciers vouent à leurs personnages. Et parmi les portraits que dresse Jacky Schwartzmann, il y a celui de la mère, qui est touchant et pas seulement parce qu'elle est atteinte d'Alzheimer. Le plan sans accroc va bien sûr se révéler tout autre pour notre plus grand plaisir. L'histoire est plus que plaisante. Le style de Jacky Schwartzmann est délicieusement féroce. Il lance des piques sur la société avec jubilation. Surtout, il a le sens de la formule. Et puis, il y a toute cette culture disséminée avec discrétion. Et une intrigue échevelée qui a été mûrement réfléchie et qui s'accompagne d'une histoire noire et romantique qui se déroule sur à peine plus de deux cents pages.
On en redemande !

Citation

Semblable à tous les conspirationnistes, Elder ponctue son laïus d'un sourire énigmatique suivi d'un long silence. Exactement comme la balle à pointe creuse qui a explosé John Fitzgerald, la théorie d'Elder se diffuse dans nos cerveaux. Il ne veut pas nous livrer tout de suite ses conclusions d'expert, il attend que l'un de nous sorte d'abord un truc con. Ils font tous ça, ceux qui ont vu des extraterrestres, ceux qui savent qu'Elvis Presley n'est pas mort ou que Claude François était un agent soviétique dormant.

Rédacteur: Julien Védrenne jeudi 04 février 2021
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