KO à la 8e reprise

Un enchevêtrement de poutres et de cadres en bois disloqués avait dégringolé sur la carcasse du canapé. En ressortaient un bras boursouflé couleur de cire et une main ouverte, dont les doigts écartés semblaient vouloir interdire le passage, une main si gonflée qu'il eut bien du mal à distinguer le scintillement de l'alliance en or à son annulaire.
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Essai - Noir

KO à la 8e reprise

Politique - Social - Sportif MAJ mercredi 24 février 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 7,5 €

Bill Cardoso
Zaïre - 1974
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Danielle Orhan, Renaud Toulemonde
Paris : Allia, février 2016
110 p. ; 17 x 11 cm
ISBN 979-10-304-0091-5

Quatre boules de cuir et une poignée de Valium

Il y a ceux qui boxent sur un ring et ceux qui, parce que c'est leur métier, boxent avec leur machine à écrire pour changer en papier les grands événements sportifs. À quoi tient le résultat d'un match ? À une victoire et à une défaite. À un résultat. Seulement, il y a tout ce qui précède et le match lui-même bien évidemment, autant dire tout une histoire, un poème haut en couleurs, et de la politique, beaucoup de politique...
Le 25 septembre 1974 a lieu à Kinshasa (Zaïre) le championnat du monde des poids lourds. Sur le ring, Georges Foreman versus Muhammad Ali. Autant dire le match du siècle ! Sur l'affiche de l'époque, on peut lire : "Un cadeau du président Mobutu au peuple zaïrois et un honneur pour l'homme noir". Bill Cardoso, envoyé par le journal américain New Times, est chargé de couvrir l'événement. Le texte ne sera jamais publié. Il faut dire qu'il excède largement le format d'un journal, tant par sa longueur que par le ton général relevant du journalisme gonzo. Bill Cardoso y parle abondamment de lui-même, de ses confrères, de la dictature de Mobutu, passant du coq-à-l'âne en type allumé vingt-quatre heures sur vingt-quatre qui emmagasine dans sa chambre d'hôtel opium et Ritaline. Avec ça, un sentiment d'insécurité permanent, de paranoïa larvée, tandis que l'approche du match se fait de plus prégnante dans le pays. En fait, il faut attendre la page 90, la fin du livre pour ainsi dire, pour que Bill Cardoso se décide enfin à nous raconter le combat Foreman/Ali, avec une sorte d'empathie pour le perdant, Georges Foreman : "Quand Ali lui a mis la pâtée au huitième round, Foreman a fait une pirouette, a tourné sur lui-même à travers le ring avant de s'effondrer, son corps a dessiné une spirale sur le sol, comme s'il était pris de vertige sur le carrousel d'un monde imaginaire, et son regard, au moment où il a croisé celui d'Ali, semblait dire 'merci, mec, merci d'en avoir fini'."
Si Bill Cardoso s'était contenté de raconter le match, nul doute que son article serait tombé dans l'oubli. Mais emporté par sa prose, saisi par cette espèce d'incandescence poétique propre à celui qui hallucine, il nous livre là bien plus qu'un compte-rendu sportif : une vision du Zaïre à l'ère Mobutu, partagé entre violence et folie des grandeurs ; une vision de la boxe aussi où la rage de vaincre semble bien plus humaine que les hommes de main d'un dictateur.

Citation

Si vous deviez avoir un accident au Zaïre, filez aussi vite que possible ou vous finirez en lambeaux. Pour commencer, votre véhicule sera détruit sur-le-champ tant ces gens-là ne sont pas habitués aux automobiles...

Rédacteur: Pascal Hérault mercredi 24 février 2016
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