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Roman - Noir

La Révolte d'Éva

Psychologique - Social - Faits divers MAJ lundi 21 décembre 2015

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit



Prix: 8,3 €

Élise Fontenaille
Rodez : Le Rouergue, octobre 2015
44 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-8126-0964-0
Coll. "DoAdo Noir"

L'âge de raison

Éva est la troisième enfant d'une fratrie de cinq filles. Elle a un fort caractère. Elle adore surtout la neige et le printemps, se balader et jouer avec Le Chien, et a une meilleure amie, Patricia. Elle a de bons résultats scolaires, aime écrire et dit régulièrement qu'elle deviendra écrivain. Elle a en horreur le bruit des aiguilles à tricoter de sa mère, et pardonne à ses sœurs de parfois la laisser endosser leurs bêtises. Mais derrière cette façade de petite fille – puis de jeune fille – semblable à tellement d'autres se cache la honte et la colère d'une enfant battue depuis toujours par son papa (qu'elle s'obstine à continuer à appeler ainsi et à rendre fier). Les bleus et les yeux rougis, elle a depuis bien longtemps appris à les dissimuler ou à leur trouver des explications rationnelles, et elle accepte de bonne grâce de recevoir les coups initialement destinés à ses sœurs – peut-être est-ce, comme elles le prétendent, parce qu'elle est sa préférée ? Mais un jour, son père va trop loin, poussant Éva à se révolter. C'est le récit poignant de cette enfance de souffrance et de résignation qui explose un beau jour que nous offre Élise Fontenaille, nous livrant un véritable chef-d'œuvre.
Incontestablement, La Révolte d'Éva est un roman bouleversant, l'une de ces lectures qui vous prend à la gorge dès les premières pages et vous fait monter les larmes aux yeux. Pas de tristesse, non, bien qu'il y ait tout lieu de plaindre Éva et ses sœurs, mais bien de colère. Comme bien trop d'enfants, la jeune fille que nous dépeint Élise Fontenaille pense normal de subir les coups et les injures de son père, allant même jusqu'à imaginer que c'est une manifestation d'attention – si ce n'est d'amour. Très jeune, elle en prend son parti et lorsqu'elle découvre que les autres familles ne fonctionnent pas de la sorte, elle décide de cacher cette maltraitance, de l'enfouir derrière des sourires, d'éluder les questions. Après tout, qui sait si elle ne les mériterait pas, ces coups ? Élise Fontenaille, avec une cruelle clairvoyance, nous explique le schéma de pensée de ces enfants maltraités par leurs parents – si c'est son père qui bat Éva, sa mère se contente de détourner les yeux, comportement au moins aussi répréhensible et incompréhensible –, et qui portent en eux la certitude de le mériter, d'une façon ou d'une autre. Pourtant, pour Éva comme pour tant d'autres, certaines choses sont inacceptables et c'est l'une de ces situations qui va pousser la jeune fille à prendre les commandes de sa vie pour échapper à son bourreau, et préserver ceux qu'elle aime.
La Révolte d'Éva est un roman rude, poignant et profondément humain, fort d'une sensibilité et d'une clairvoyance sur la nature humaine remarquables. Élise Fontenaille reste d'un bout à l'autre de ce court texte factuelle et objective, nous livrant une succession de faits qui, irrémédiablement, ne peuvent que conduire à un drame. Il ne s'agit pas de juger ni de condamner mais seulement de nous alerter sur une bien cruelle réalité : souvent, les victimes de tels agissements sont remarquablement discrètes sans pour autant pouvoir se passer de notre aide pour les sortir d'un engrenage infernal. Ce roman de la très juste collection "DoAdo Noir" du Rouergue se révèle d'utilité publique et de qualité. Il mérite amplement d'être très largement connu.

Citation

Dès que j'ai pigé qui il était, ce qu'il voulait – très tôt, à sept ans peut-être ? – j'ai arrêté de pleurer, j'étais comme endurcie à l'intérieur. Dure comme une pierre gelée. Après tout, elle avait peut-être raison, La Mère : c'était de ma faute.

Rédacteur: Catherine Thiéry lundi 21 décembre 2015
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