Les Grandes affaires criminelles de Bourgogne

Le bouffeur de macaroni ouvrit son étui à violon et avec les gestes d'un magicien en sortit une Joséphine flambant neuve. Un glaçon me glissa dans le dos avant de plonger dans ma raie du cul.
Serguei Dounovetz - Fleur de bagne
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

Cemetary Road
Bienville est une ville du Mississippi en perte de vitesse qui croit qu'elle va réussir à rester dyna...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

mardi 15 juin

Contenu

Essai - Policier

Les Grandes affaires criminelles de Bourgogne

Assassinat - Faits divers MAJ jeudi 10 octobre 2013

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 28 €

Thierry Desseux, Alain Dommanget, Albine Novarino-Pothier & Marie-Françoise Barbot
Riom : De Borée, septembre 2013
458 p. ; illustrations en noir & blanc ; 25 x 17 cm
ISBN 978-2-8129-1034-0
Coll. "Histoire et documents"

Du sang dans le verre

Ce pesant ouvrage en hard cover est une compilation régionale de faits divers repris de plusieurs titres "départementaux" parus auparavant chez le même éditeur : le Nivernais, la Côte-d'Or, la Saône-et-Loire et l'Yonne. Au menu, qui s'étale de 1456 (la châtelaine Catherine d'Haussonville mise au bûcher) à 2004 (affaire Émile Louis/les Disparues de l'Yonne), émergent plusieurs grandes affaires.
Le tueur de bergères Joseph Vacher (1898) est mis en scène au terme d'une enquête pour un meurtre précis qui fit soupçonner un innocent. Les grossiers dialogues sont-ils tirés des dépositions ? Encore méconnue, la célèbre "Tuerie de Jully" est ici titrée "La ferme rouge". En 1910, deux jeunes vachers suisses de seize et quatorze ans massacrent leur patron fermier, sa femme, sa bonne, et deux commis. Un autre commis de seize ans aura l'instinct de faire le mort après les coups tandis que les trois enfants des fermiers seront épargnés par la fuite des meurtriers. Ici, Alain Dommanget travaille à partir des coupures de presse dont il mélange la chronologie. Il démarre avec un narrateur facteur qui n'a aucune raison d'être mais il a la bonne idée d'inclure quelques unes des célèbres cartes postales prises sur le vif qui constituent un étonnant photo reportage.
Autre affaire célèbre : René Belbenoit, bagnard, évadé qui a fini à Hollywood, et dont La Manufacture de livres a ressorti Guillotine sèche, ses mémoires. Ici, son monologue introspectif s'avère assez lourd. "L'Affaire Prince", en 1934, elle, déchaîna les passions car ce magistrat travaillait sur Stavinsky. Prince fut retrouvé en morceaux sur une voie de chemin de fer après avoir été attiré par un faux message sur l'état de santé de sa mère. L'enquête conduite par le retors inspecteur Bonny qui s'illustra ensuite comme le patron, avec Lafont, de la principale Gestapo française, s'embourba. "L'Affaire Violette Nozières" (1934) est ridiculement traitée par un narrateur très âgé toujours amoureux de la belle qui naquit et vécut son enfance à Neuvy-sur-Loire avant d'être graciée puis réhabilitée pour ses crimes parisiens après douze ans de prison. Sa mère survivante pardonna et revint à Neuvy tandis que Violette sous un nouveau nom se mariait et avait cinq enfants... Suivent des chronologies complètes et fastidieuses d'Émile Buisson (1954) puis du coiffeur Jean-Charles Willoquet (1990), deux ennemis publics n° 1.
N'oublions pas l'incroyable "Affaire Saint-Aubin" (1964), un accident de la route probablement provoqué qui coûta la vie à deux jeunes gens, et déclencha des recherches et une bataille judiciaire énormes de la part des parents du conducteur. Enfin, les horribles meurtres d'Émile Louis sont mis en parallèle avec deux autres affaires sexuelles sur déficientes mentales : celle du couple Dunand dont "Le Club Amour" proposait à ses adhérents de fouetter et torturer des filles, et celle de Pierre Charrier, fondateur d'associations et d'instituts pour jeunes handicapés. On ne peut s'empêcher de penser à des ramifications terribles.
Parmi les autres affaires, on retiendra celle du braconnier du Morvan, Claude Montcharmont (1822-1851), tueur de deux gendarmes à cheval, et qui va réussir le tour de force de s'agripper tellement aux marches de la guillotine qu'il fallut le reconduire à sa cellule et mettre au point une véritable stratégie pour l'y conduire une nouvelle fois douze heures plus tard. Deux récits concernent le Chanoine Kir (adjoint au maire de Dijon) qui appelle la foule à se calmer en 1945 avant le lynchage d'un collaborateur, puis refuse de donner son pardon au jeune qui lui flanqua quatre balles dans le corps en 1946 et qui fut fusillé. Là encore on aimerait savoir si les paroles hautes en couleur de Kir sont véridiques. A priori, elles le seraient, mais il est toujours difficile, dans cette collection, de trier la novélisation de la vérité historique, les deux étant parfois très imbriquées.
"L'Affaire Robert Fabre", nécessite deux parties, mais on se demande bien pourquoi. La première, ridicule encore par son choix de narrateur (un vieux voisin qui se souvient), la seconde plus axée sur les faits autour du cérémonial de la décapitation. La carte postale reproduite prouve que les gerbes de sang ont jailli très loin. Et, paraît-il, le fossoyeur s'évanouit lors de l'inhumation, le cadavre bougeant encore !
Outre les inévitables infanticides et drames de la boisson, on notera aussi une intéressante affaire de meurtre de maquignon dans un train ("Affaire Désiré Bachot" en 1916), hélas délayée par la biographie du coupable et un témoignage longuet de prostituée, et le coup de folie d'une ex-vendeuse des Galeries-Modernes qui égorge son patron en plein magasin en 1938 ("Affaire Jeanne Loreau").
Au final, dans cette collection, en sus des bibliographies souvent présentes, une carte du département ou de la région avec les communes citées devrait être obligatoire. On regrettera toujours les "exercices de style" forcément malhabiles destinés à varier les points de vue qui, en donnant la parole à des narrateurs fictionnels qui caviardent et délayent le récit, tout comme ces longues biographies des coupables qui remontent parfois aux parents ou aux grands-parents.

Citation

'Par tous les saints, cet imbécile va finir par me tuer', pense le Chanoine Kir en réalisant que son agresseur recharge son arme.

Rédacteur: Michel Amelin jeudi 10 octobre 2013
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page