Noé face au déluge

Mado était derrière le bar, belle comme une baraque à frites, avec des cheveux si gras qu'on aurait dit des saucisses, des lèvres tartinées de rouge et suffisamment de fond de teint pour lui faire un masque. Elle avait les joues qui pendaient, les rides qui pendaient, les seins qui pendaient, tout qui pendait, comme si chaque partie de son corps était irrésistiblement attirée par le sol.
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mardi 20 avril

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Roman - Noir

Noé face au déluge

Écologique - Religieux - Superhéros MAJ mardi 29 mai 2012

Note accordée au livre: 3 sur 5

Poche
Inédit

À partir de 10 ans

Prix: 5,5 €

Flore Talamon
Paris : Nathan, février 2012
160 p. ; 19 x 13 cm
ISBN 978-2-09-253806-7
Coll. "Histoire de la Bible", 8

Dies Irae... enfin, quarante jours quand même...

Le plus grand crime jamais commis contre l'Humanité. Une poignée de rescapés. Noé complice, responsable mais pas coupable selon la formule consacrée, encore que, coupable de n'avoir pas voulu sauver les enfants de ses voisins. Coupable de s'être livré à la débauche et d'avoir fait endosser la responsabilité de son acte par son fils Cham. On connaît l'histoire, la moisson proche, le labour paisible, mais le bruit de la ville tout de même, et son espace nauséabond, celui des ordures, des excréments, de la mauvaise sueur en opposition à celle du labeur des champs. La foule agitée, les cris, les hurlements, la violence gratuite. Catins et voleurs à la fête, la société disloquée, déjà, et Dieu qui fulmine. Tout ça pour ça ! Dieu qui n'en dit mais à force de contempler ces visages lubriques, cupides, avides, à force d'encaisser le cynisme, l'égoïsme des citadins. La ville donc, où Noé doit bien se rendre pour y vendre quelques récoltes et où il va bientôt subir l'humiliation, avant de retourner vivre dans son hameau reculé, loin de la méchanceté des hommes. Avant que sur le chemin du retour Dieu ne se confie à lui, en colère, mais alors... Lui ordonnant de monter aussi sec dans les bois derrière chez lui, on va voir ce qu'on va voir ! Avec ces fils et de n'en dire mot à quiconque, pas même sa femme, pour y couper de quoi construire le plus incroyable des bateaux ! Pensez : seize mètres de haut, trois étages, une boîte ! Une boîte garnie de cellules ! Quelle architecture ! Et puis ce gigantesque couvercle de nuages noirs qui un matin vient recouvrir la terre. La fureur de Dieu. Tout détruire. Sauf les poissons par parenthèse, ou les grenouilles qui font la fête et dont on ne nous a jamais dit pas pourquoi Dieu les avait exclus de sa colère. Déboulent alors sagement un couple de chaque espère. Des flamands, d'abord, des ibis, des vautours, des canards, d'abord tous les oiseaux de la terre, venus parfois du plus lointain des continents, avertis par la voix divine elle-même de s'emboîter pour quarante nuits dans l'Arche. Sereins, alors que retentit la colère de Dieu et que l'on n'entend plus que le clapotis des vagues... Bientôt seuls dans l'immensité liquide. Jusqu'à ce que Noé lâche un corbeau dans la nature, pas une colombe. Ni arbre ni montagne, ça va bien au corbeau finalement. Mais Noé se reprend, pose devant l'Histoire et commande l'envol de la fameuse colombe, plus clean et blanche. L'Arche peut enfin vomir ses occupants et Noé demander à sa propre progéniture de se multiplier... On connaît l'histoire, traitée ici dans toute son étendue, dans toute sa complexité, encadrée d'un appareil critique efficace, donnant beaucoup à penser sur les raisons très peu religieuses qui ont permis d'inscrire cette histoire dans le creux de la Bible finalement.

Citation

La vérité est-elle si pénible à entendre qu'il te faille tuer pour l'étouffer ?

Rédacteur: Joël Jégouzo jeudi 24 mai 2012
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