Artères souterraines

Dans un sombre cauchemar, j'ai vu le jour se lever. Encore un jour à supporter. J'aurais voulu la nuit, Celle qui tombe sur vous de manière définitive. Mais la mort décidément ne veut pas de moi.
Karine Giébel - Toutes blessent, la dernière tue
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Roman - Noir

Artères souterraines

Hard boiled MAJ jeudi 26 août 2010

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18 €

Warren Ellis
Crooked Little Vein - 2007
Traduit de l'anglais par Laura Derajinski
Vauvert : Au diable vauvert, août 2010
336 p. ; 20 x 13 cm
ISBN 978-2-84626-219-4

Un privé, une constitution, des demeurés et du sexe

Michael McGill est un vrai privé. Entendez par là qu'il n'a plus de vie sociale - sa petite amie l'a quitté pour une fille -, qu'il n'a pas d'argent - il lui reste un peu plus de trois dollars pour finir le mois -, et aucune perspective d'avenir. Qui plus est, il entretient une relation maso avec un rat mutant qui s'évertue à pisser dans son mug de café ou à s'occuper de ses chaussures. Seulement voilà que lui, Michael McGill, pointe le bout de son nez à sa fenêtre, le temps de voir des Men in Black entrer dans son immeuble. À peine le temps de tergiverser sur le comment de la fuite que déboule le chef de cabinet du Président des États-Unis, un mec qui se défonce à l'héro dans des chambres luxueuses d'hôtel tout en observant ses propres étrons effectuer une farandole sur les draps l'instant d'avant immaculés. L'objet de sa visite ? McGill doit retrouver la deuxième Constitution des États-Unis, un document secret rédigé par plusieurs des Pères Fondateurs, un ouvrage écrit à la main, relié avec la peau d'une entité extra-terrestre, et alourdit par des fragments de météorite, ce qui lui permet d'émettre un son infrasonique inaudible par l'oreille humaine... Rien que ça ! (Bon sans compter qu'il est censé redonner une certaine moralité à l'ensemble de la clique américaine, moralité douteuse à partir du moment où on l'impose, mais ça ne dérange pas plus que ça McGill.)
L'avantage avec ce genre de commanditaire, c'est que les fonds alloués à la recherche dudit livre bizarroïde sont inépuisables. McGill se retrouve avec cinq cent mille dollars en poche et un min-ordinateur Sony dernier cri. S'entame alors une poursuite linéaire, qui n'est pas sans rappeler celle du Faucon de Malte, de Dashiell Hammett, auquel fait brièvement référence Warren Ellis dans un avion où il fait apparaître un privé, Falconer, injustement accusé d'avoir voulu mettre le feu à l'avion en scandant des propos irakiens, qui se fait tabasser par une horde de voyageurs ulcérés. Mais auparavant, dans le premier bar venu, McGill croise Trix, une étudiante en moeurs sexuels déviants, qui va l'accompagner à travers les États-Unis.
"Montrez-moi quelqu'un de normal, je m'empresserai de le guérir", scanda Freud un soir de grande beuverie. Il aurait été content de lire ce livre car aucun des protagonistes de l'affaire, même pas le rat, ne peut prétendre à une certaine normalité. L'Amérique, n'en déplaise à Jésus-Christ qui ne parlait sûrement pas plus anglais qu'espagnol (il faut lire ce passage délectable du roman), est un mélange de Sodome et Gomorrhe en version nettement améliorée. Chaque coin de rue recelle son lot d'étrangetés. Pour arriver à ses fins, McGill va devoir aller jusqu'à se faire une infiltration saline dans les testicules, qui vont alors grossir comme des pastèques. Le sang va couler à flot, l'héroïne et le sperme aussi. De ville en ville, il va se rapprocher du livre mille fois cédé en échange de services souvent maso, pour finir par obtenir un Saint Graal immoral au possible.
Depuis Un poisson nommé Wanda, on savait que les Anglais en avaient un peu contre les Américains. Warren Ellis en remet une, deux et même trois couches, dans une fiction à l'humour et à la causticité omniprésents comme il est d'usage dans une certaine vague du roman noir actuel. Rythmé par plus de cinquante chapitres qui sont autant de tranches de vie débridées, le récit, sans autre originalité que les démons sexuels qui hantent notre auteur, progresse cahin-caha vers une fin malheureusement triviale, mais offre cependant un grand moment de détente. Une fois refermé, le livre en tant que petite curiosité, peut passer de main en main, et nous faire aborder notre propre sexualité avec non pas un peu plus de recul mais un peu plus de proximité. Et si Freud avait trouvé un patient normal en chaque lecteur ?

Citation

Les deux trucs les plus dangereux au monde, c'est les riches et les fous. Les Roanoke sont riches comme Crésus et plus tarés qu'un bébé niqueur de serpents.

Rédacteur: Julien Védrenne mardi 24 août 2010
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