De sang royal

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mercredi 19 septembre

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Roman - Policier

De sang royal

Énigme MAJ samedi 14 août 2010

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18 €

Pieter Aspe
Blauw Bloed - 2000
Traduit du flamand (Belgique) par Emmanuèle Sandron
Paris : Albin Michel, juin 2010
304 p. ; 22 x 15 cm
ISBN 978-2-226-21501-7
Coll. "Thrillers"
Une enquête du commissaire Van In, 6

Ce qu'il faut savoir sur la série

Pieter Aspe a signé, en 2008, la vingt-deuxième aventure du commissaire Van In. Ce personnage, iconoclaste, à l’humour caustique, avec ses désillusions et ses blessures, est le flic imparfait que ses faiblesses assumées à défaut d’être reconnues, rendent attachant. Les enquêtes qu’il mène dans Bruges et sa région le font évoluer entre luttes politiques et d’influence, prises d’intérêts, guerre entre police municipale et gendarmerie, et approcher les lourds secrets confinés entre les murs séculaires.

Le commissaire et la jalousie...

Hannelore se presse sous la pluie de Bruges. Quelques minutes plus tôt, elle a reçu un appel téléphonique de Valentin Heydens. Celui-ci s'est fait pressant pour obtenir un rendez-vous dans un café. Mais Hannelore se sent fautive. Valentin fut son premier amour, une liaison de treize mois, vieille de dix-sept ans. Dans le même temps, Marcus Heydens vit ses derniers instants dans sa somptueuse demeure. Il est face à un poste de télévision qui hurle une publicité, en équilibre sur un tabouret, ligoté dans une camisole de force, la corde au cou, bâillonné de ruban adhésif. Valentin a voulu rencontrer Hannelore au prétexte de lettres de menace de mort reçues par son père. Van In est chez lui, endormi sur le canapé. Vers minuit, un l'appel téléphonique de l'agent de garde qui réclame ses services pour un suicide, le réveille. Alors qu'il se prépare en attendant Versavel, Hannelore rentre, passablement éméchée.
C'est Valentin qui a découvert le corps de son père et appelé la police sur l'insistance de sa mère. Sur place, les deux policiers le découvrent prostré. Un médecin lui administre un calmant. Vervasel, qui a eu le temps de s'entretenir avec lui doit révéler une partie de la conversation à Van In : Valentin a passé sa soirée avec Hannelore. La jalousie du commissaire fait son œuvre, mais son instinct de limier lui fait suspecter l'idée du suicide, compte tenu de la position du corps. Les deux enquêteurs explorent l'environnement de Marcus le libertin. C'est Heuri Broos, l'ami d'enfance du défunt, qui fournit les premiers éléments. Il explique que Leona Vidt, son épouse, a eu un enfant de Marcus, Valentin, reconnu que très récemment. Tout de suite après, elle s'était mariée à Wilfried Delanghe, un bon à rien. Elle a une fille appelée Diana Delanghe. Lorsque les parents d'Henri sont décédés, il a payé Wilfried pour qu'il divorce et qu'il puisse épouser enfin Léona. Celle-ci, cependant, continue de fréquenter Marcus. Deux nouveaux enfants naissent. Wilfried, depuis son divorce est confit en religion. Quand il est retrouvé pendu dans une camisole de force, les services scientifiques de la police font le rapprochement avec des fibres similaires retrouvées sur Marcus, ainsi que des traces du bâillon. Mais quand Hannelore disparaît...

Pieter Aspe n'a pas son pareil pour explorer et exposer les turpitudes de la haute bourgeoisie brugeoise. Il excelle dans le montage d'histoires complexes où s'entrecroisent des liens de parenté directe et adultérine, des relations lourdes de ressentiment.
Avec De sang royal, il s'attache à un haut dignitaire du régime belge, à son entourage et aux conséquences d'une vie privée pour le moins complexe. Il fait ressortir les facettes sombres de ceux qui se tiennent dans la lumière de la vie publique. Il dénonce ceux qui s'érigent, de par leur fonction, en représentants et en gardiens de la morale, mais qui appliquent systématiquement le fameux adage : "Faites ce que je dis, pas ce que je fais !" L'auteur condamne le clientélisme, (une situation universelle, hélas !) et les abus de toutes natures qu'autorisent le sentiment d'impunité, la sensation d'appartenir à une groupe "d'élus" dont les liens permettent de couvrir les exactions, les manquements grossiers à la loi. Il montre aussi les implications politiques, les conséquences à tous niveaux d'une telle organisation et l'influence de celle-ci sur le fonctionnement des services publics. Mais il illustre également les limites d'un tel système et sa fragilité.
Avec Van In, plus que jamais rétif à cette fausse autorité, à ces magouilles politiciennes de bas niveau, à ces faveurs accordées, l'auteur peut semer le trouble dans cette société. À travers son personnage il fait preuve de beaucoup d'humour, un humour grinçant souvent qui lui permet de pointer les dysfonctionnements des systèmes. La vie privée de son héros occupe une place importante dans le récit. L'auteur montre l'influence de celle-ci sur la vie professionnelle, sur les choix et fondements de certaines décisions.
La dernière page du roman refermée, après avoir vécu la tension d'une intrigue astucieusement conçue, les événements dramatiques d'un final éblouissant, on se demande ce que l'auteur nous réserve dans les prochains volumes en attente de traduction. En effet, avec De sang royal l'action et ses développements atteignent un point culminant.


On en parle : Alibis n°38 |Carnet de la Noir'Rôde n°46

Citation

Un homme gisait sur le dos, une pile de livres sur la poitrine. Sa bouche avait été bâillonnée au ruban de déménageur... 'En tout cas, c'est bien le premier meurtre littéraire que nous ayons à élucider !'

Rédacteur: Serge Perraud mercredi 11 août 2010
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