Kebab Story

Les fourgons mortuaires me filaient toujours les jetons. Je passai devant à pas vifs, en retenant ma respiration, au cas où me parviendrait un relent de décomposition. Je savais qu'ils étaient méticuleusement nettoyés, mais je ne pouvais pas oublier leur cargaison habituelle, ni ce qui nous nous apprêtions à découvrir à l'intérieur de la maison. Il aurait été judicieux de me débarrasser de cette répugnance, vu que j'étais à peu près autant impliquée dans le business de la mort que n'importe quel entrepreneur de pompes funèbres. Mais au moins je n'étais pas forcée de toucher les cadavres.
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Contenu

Roman - Policier

Kebab Story

Historique - Géopolitique - Corruption MAJ mercredi 09 juin 2010

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 10 €

Jean-Paul Ceccaldi & Ida Der-Haroutunian
Coti-Chiavari : Ancre latine, mars 2010
156 p. ; 21 x 15 cm
ISBN 978-2-9534737-2-8

Yelek ! Yelek ! Martigs !

Lyon, Place des terreaux. Ardémis débarque de Marseille. Elle s'arrête devant une buvette, commande un kebab. Juste un kebab, servi par un adolescent loquace qui soudain lui décrit, mot pour mot, pierre pour pierre, la cour, la fontaine, la couleur des murs de cette maison, là-bas, désertée depuis 1915 par les siens, rescapés du génocide arménien. Ardémis bousculée soudain, rattrapée par la manche, l'Histoire avec ses ailes immenses et sa tête de linotte la convoquant sans retenue. Elle va enfin savoir, peut-être, qui occupe la maison ancestrale depuis 1915, qui a pillé leurs biens. Ardémis exhortant du coup le Flicorse, le commandant Matthieu Difrade - un Corse -, pour qu'il enquête, cherche, fouille, arrache son passé à l'oubli. Elazig, Kharpet, la ville aux deux noms devenue centre du monde, césure des haines de jadis, s'invitant dans la narration pour la couper de part en part, la slamer en langues originelles où traverser l'Histoire à la nage. Même encombré de nostalgie, le récit ouvre alors à une autre dimension, à parcourir ses espaces fous, littéralement, de New York à Erevan. Celle d'identités moins éclatées que dépliées, ouvertes à la seule vérité : le monde partout à portée de main, dans l'incise de ces langues devenues toutes étrangères et toutes familières. Smyrne, l'Anatolie en radeau occulte d'une traversée de mémoire réjouissante : le Caucase arrimé aux Traboules... Mieux qu'une mosquée à la place d'une église !
Écrit à deux mains, on y retrouve un Flicorse discourant toujours sur les fins du monde, scrutant un vieil alphabet arménien pour en extraire l'humanisme le plus juste. Deux mains s'entrelaçant pour conter le monde d'aujourd'hui tel qu'il se donne à entendre loin de toute besogne mémorielle. Une archéologie en somme, d'un savoir déterré, ouvert à de formidables évocations du paysage corse - "nos morts faisaient de la Corse un lieu d'éternité".

Citation

Je les reconnais tous ces os sans tombe, ces os devenus poussière…

Rédacteur: Joël Jégouzo mardi 08 juin 2010
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