Le ParK

Il regarda l'orage, surpris de le voir encore grandir et grossir, telle une immense bête malveillante : la manifestation physique du déséquilibre. L'orage libérait des colonnes de pluie encore plus épaisses, plus noires et plus denses sur le plateau de Kaparowits. Une pluie torrentielle, vieille de cinq cents ans.
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dimanche 22 septembre

Contenu

Roman - Insolite

Le ParK

Anticipation - Terrorisme - Urbain MAJ samedi 15 mai 2010

Note accordée au livre: 3 sur 5

Poche
Inédit

Public averti

Prix: 6,1 €

Bruce Bégout
Paris : Allia, avril 2010
152 p. ; 17 x 10 cm
ISBN 9782844853493

Le K du ParK : attraction-répulsion

Le ParK, ni vraiment roman, ni vraiment essai, se lit à la manière d'un reportage, court, fulgurant sur un lieu inédit, un parc d'attraction qui serait à la fois un mélange de tous les parcs à thème existants et l'essence même de tous ces lieux. Le Parc par excellence, cumulant toutes les existences pour en tirer une essence pure et concentrée.
Une île privée, au large de Bornéo. Un morceau de terre où l'invention humaine du parcage repousse les limites du pire et de l'extrême. Un lieu où tout est connu de ses visiteurs : attractions, hôtels, zoo, jardin d'enfants, boîte de nuit mais aussi prisons, camps de réfugiés, réserves, mais où l'entremêlement et le mélange inquiétants de genres – jusqu'aux plus mauvais et troubles – crée quelque chose d'inédit, une forme sans forme, architecture sans queue ni tête, sans plan ni logique que celle des néons qui, à la nuit tombée, deviennent les viscères colorés d'un monstre éviscéré.
Pur produit de son époque, le ParK fascine, mais pas seulement. Si cent visiteurs sont autorisés à y pénétrer chaque jour, les rumeurs se répandent vite, sur ce qui s'y passe réellement, sur le sens du message qui apparaîtrait si on regardait l'endroit d'en haut, sur la provenance des cris déchirants qui se font entendre à la nuit tombée.
Le texte, déjà porteur d'un fort sentiment de malaise dès ses premières lignes, nous attira dans une inquiétante étrangeté qui finit par nous prendre à la gorge et nous asphyxier d'horreur. On raconte que dans le ParK, se jouent des exécutions nocturnes, sont mis en place des dispositifs pour assister à ces meurtres sans être vu ; on raconte que dans les douches aux portes blindées, du gaz asphyxiant sortirait de pommeaux. Si cela vous rappelle un sombre pan de l'Histoire, n'en faites rien, cessez là toute comparaison, car "on ne gagne rien à comparer", n'est-ce pas ? "Chaque époque invente ses propres moyens de destruction."
Cet instrument de globalisation, d'englobement totalitaire par excellence, mêle donc dans un chaos parfait dans son genre, tout ce que l'homme a déjà inventé de pire. Rétention, asservissement, domestication par l'entertainment, exploitation des pulsions les plus viles. Architecture qui n'obéit à rien en façade mais qui se joue de nos réflexes psychiques inconscients. Et l'on sombre, horrifié, en suivant la voix implacable de neutralité du narrateur, qui déroule par le menu détails ce qu'est le ParK, ce qui cristallise, ce qu'il génère, de quoi on l'accuse tout en y venant quand même. Une descente dans un enfer polymorphe, un enfer comme un ruban de Moebius extensible, un enfer volontaire. Ne pas parler de récit d'anticipation, car ce qui fait tout le malaise et l'inconfort ici, c'est bien que beaucoup des choses décrites existent déjà ou ont déjà existé.

Citation

C'est toujours L'Enfer de Dante qu'on lit, jamais Le Paradis.

Rédacteur: Estelle Durand lundi 10 mai 2010
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