Envole-moi

Il fallait beaucoup d'entraînement et de maîtrise de soi pour tourner la tête juste assez pour que le père manque le nez mais atteigne cependant la joue.
Tiina Kaartama - La Fabrique de violence
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

Tokyo revisitée
1949. Tokyo est occupée par l'armée américaine à la suite de la défaite du Japon. Dans cette métropol...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

lundi 04 juillet

Contenu

Roman - Noir

Envole-moi

Fantastique - Social - Disparition MAJ vendredi 10 juin 2022

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 14 €

Valérie Allam
Saint-Étienne : Le Caïman, juin 2022
278 p. ; 19 x 12 cm
ISBN 978-2-493739-01-8
Coll. "Roman noir", 8

Dans l'œil du corbeau

Dans un terrain vague s'affaire Mickaël dit Mick, éduqué à l'école de la rue, qui aujourd'hui maquille des voitures volées dans son atelier pour de vagues caïds nageant entre deux trafics. Il y a ses deux compagnons, amis d'internat : le narrateur, qui écrit plus qu'il n'existe, et Lily la diaphane qui peint des ailes sur son corps en attendant de pouvoir s'envoler loin de tout. Tout près, il y a Karl, le professeur de piano de Clara, et sa femme Stella, qui a elle aussi des trous d'air dans la tête. Lorsque Lily disparaît, Mick est prêt à tout pour l'arracher à ceux qui lui ont enlevé. Tout ceci sous l'œil impavide des corbeaux, éternels passeurs entre le monde des morts et des vivants, qui ne cessent de scruter l'étrange ballet des hommes. La mémoire de leur espèce leur dit que, bientôt, il y aura des âmes nouvelles à accompagner. Des morts, beaucoup de morts. Alors ils attendent. Ils ont tout le temps du monde pour ça...

On comprend que, comme l'explique Valérie Allam dans sa postface, elle n'ait pas écrit ce roman dans l'optique de le publier : il s'agit d'un objet littéraire non identifié impossible à catégoriser (et tout autant à résumer) dans un univers de romans standardisés, qui évoque très vaguement aussi bien le Pierre Pelot de L'Été en pente douce que l'œuvre de Laurence Biberfeld dans un décor entre les films Série Noire» et Buffet froid revus et corrigés par Jean-Pierre Jeunet. Car ce style impressionniste très travaillé (amateurs de belle écriture, ne passez surtout pas votre chemin) où les événements semblent arriver un peu par hasard ne témoigne pas d'une volonté d'usiner de la série télévisée prémâchée, selon la tendance actuelle, mais bien de créer un univers parallèle, une sorte de rêve éveillé où le passé et le présent, les morts et les vivants s'entremêlent, et où on n'hésite pas à convoquer un fantastique subtil mais assumé. On en vient à se demander ce qui est réalité dans ce qui nous est présenté, au point de questionner subtilement le rôle du lecteur, ici actif plutôt que passif. Autant dire que c'est un texte exigeant qui ne dévoilera ses richesses qu'à ceux qui font un effort pour assimiler sa poésie très particulière, mais qui devrait faire le bonheur de ceux qui y seront sensible. On est une fois de plus dans cette zone grise entre littérature dite "blanche" et "noire" qui donne les plus belles œuvres.

Citation

Le terrain vague connaissait une activité inhabituelle. Les berlines avaient disparu. On avait nettoyé l'endroit de ses déchets improbables et des engins fouillaient la terre. Aplanissaient des allées et creusaient des excavations entre elles. Des ouvriers travaillaient sous les ordres d'un chef de chantier. Et au-dessus de leur tête, les oiseaux guettaient toujours.

Rédacteur: Thomas Bauduret vendredi 10 juin 2022
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page