La Dame au cabriolet

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Roman - Noir

La Dame au cabriolet

Hard boiled - Braquage/Cambriolage - Escroquerie MAJ vendredi 06 août 2021

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 16,9 €

Dominique Guiou & Thomas Morales
Paris : Serge Safran, juillet 2021
156 p. ; 20 x 13 cm
ISBN 979-10-90175-75-4
Coll. "Littérature"

Billets mal acquis...

Du bien d'autrui tu ne t'empareras point... Pour avoir oublié d'obéir à cette règle élémentaire du bien vivre ensemble, Yvonne Vitti, détective privée de son état, se trouve embarquée dans une suite d'événements très contrariants – et pour tout dire dangereux... - auxquels elle était loin de s'attendre quand elle avait accepté de suivre Ernest Giffart pour le compte de son épouse jalouse. Il est vrai qu'avoir devant les yeux un million d'euros, en coupures de cent bien rangées dans une mallette rose, ça coupe net toute aptitude à la réflexion. Certes, Yvonne ne va pas rester très longtemps propriétaire illégitime du pactole – mais pour ce qui est des emmerdes, ça va plutôt les multiplier que les stopper... L'affaire semblait pourtant relever de la routine – une femme bafouée, un mari cocu : rien que du très classique pour Yvonne. À cela près que le grand banditisme s'invite au détour de son "constat d'adultère". Bien des soucis en perspective... qu'elle aimerait perdre un peu de vue dans les bras du Bel Orlando qui l'a engagée pour retrouver son frère disparu, mais voilà que son employeur meurt assassiné.

Heureusement, Yvonne n'est pas seule dans cette galère. Elle peut compter sur Bibi – Brigitte Letellier, sa meilleure amie, une journaliste sachant ce qu'investiguer veut dire... Sans oublier ses complices mécaniques : sa mob, et sa Saab 900 jaune poussin, aussi vintage l'une que l'autre. Et puis, il y a Mehdi, le fidèle assistant un peu Jiminy sur les bords, qui met un point d'honneur à lui rappeler qu'il faut éviter de succomber aux charmes des clients qui seraient de trop belles incarnations de son idéal viril. Pour ce qui est de soigner son vague à l'âme de célibataire quadra par de solides agapes bien arrosées, Mehdi n'a pas d'avis sur le sujet... ni de "métaphore sibylline" à servir – et Yvonne de s'y adonner sans arrière-pensée quand le besoin se fait sentir. Surtout quand Bibi l'accompagne.

On reconnaît vite quelques éléments typiques de la littérature hard boiled – "le privé", quoiqu'ici il faille l'écrire au féminin, ce qui amène de facto la "femme fatale" à se muer en beau gosse bien bâti aux yeux revolver... Dans l'un et l'autre cas, l'on est bien en présence de cet être épicène par définition, la "créature de rêve". La privée, donc, conformément aux attendus, tire le diable par la queue, est pourvue d'un fort tempérament, succombe parfois à de grandes bouffées de mélancolie, mène ses enquêtes dans un environnement urbain... Des codes présents mais sûrement un peu gauchis, qui "genrent" le roman avec le sourire.

Narratrice de ses propres aventures, Yvonne est bonne conteuse : chapitres courts, scindés en passages eux-mêmes assez courts, donnant le sentiment d'une construction mosaïquée où l'on voyage d'un foyer narratif l'autre sans perdre de vue le motif d'ensemble. Bien que les complications abondent, et les rebondissements ! Mais les plages d'accalmie sont là qui freinent la succession d'aléas. Et quand l'action marque le pas, nous voilà gratifiés de confidences autobiographiques souvent rehaussées de nostalgie qui donnent de l'épaisseur à notre enquêtrice de choc et la rendent plus attachante encore. En toute occasion la phrase est invariablement savoureuse, voire délectable – au hasard : "Le bloc de béton de Weblab était un furoncle dans un paysage que Robert Doisneau n'aurait pas détesté." ; "Mais lorsque le barjot me tendit un chèque de deux mille euros pour débuter mon enquête, mes défenses immunitaires cédèrent. Il y a des marques de sympathie qu'il serait discourtois de refuser." ; "Autour de moi, les touristes sont tous équipés de chaussures de sport, pour la plupart des Nike ou Adidas. Ça jacte dans toutes les langues du monde mais les pieds ont trouvé leur espéranto."...

Sous le "je" d'Yvonne si plaisant se tient le talent de plume de ses créateurs et, sans doute aussi, leurs dilections personnelles – ainsi la citation mise en exergue (signée Jean-Paul Belmondo dans L'Incorrigible) et nombre d'allusions dans le récit même me renvoient-elles aux goûts cinématographiques de Thomas Morales dont j'ai eu un aperçu dans Ma dernière séance (Pierre-Guillaume de Roux, 2021). Rien d'étonnant puisqu'il est à l'origine du projet : "J'ai posé les bases de cette histoire voilà au moins deux ans et ensuite, chacun notre tour, nous avons apporté des couches successives. Le livre a vraiment été écrit à quatre mains ! Ce fut un compagnonnage très amusant et, à l'arrivée, nous ne nous sommes pas fâchés !" m'a-t-il indiqué.

En tout cas, le fruit de leur collaboration mérite bien le nom qu'ils lui on trouvé : une "récréation estivale", un "divertissement policier". Qui mériterait bien de jouer les retours, et pas seulement pour un "second opus". Pourquoi pas une série ?...

Citation

Trois cadavres, une sale odeur d'abattoir, et sur la table, une mallette rose remplie de billets, de magnifiques talbins de cent euros ficelés comme des rôtis de veau.

Rédacteur: Isabelle Roche vendredi 06 août 2021
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