Le Régisseur

S'emparant à nouveau de la craie délaissée, il pointe tour à tour les éléments consignés et les commente sur un ton enflammée. Il termine par le meurtre de sa sœur.
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jeudi 28 octobre

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Roman - Noir

Le Régisseur

Politique - Social - Artistique MAJ lundi 21 juin 2021

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Réédition

Tout public

Prix: 18 €

Jeanne Desaubry
Paris : Archipel, juin 2021
256 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-8098-4183-1
Coll. "Roman"

L'histoire d'un mec

Le tout début des années 1980. Le président sortant (Valéry Giscard d'Estaing) est mal parti. Ses concurrents François Mitterrand et Jacques Chirac fourbissent déjà les armes pour l'élection de 1981. Lorsque apparaît derrière le gros nez rouge du clown en salopette un concurrent inattendu qui affole les sondages, puisqu'il est crédité d'assez de voix pour arriver en bonne position au premier tour... Ce qui commence comme un gag finira par prendre corps, au point que les RG doivent prendre l'amuseur au sérieux et tout faire pour le salir. Il finira par déclarer forfait, mais le "Gros" aura changé la face de la politique. Le "Gros", c'est ainsi que l'appelle son régisseur René Gorlin, mi-souffre-douleur mi-garde du corps, un quadragénaire rôdé au showbiz, puisqu'il a déjà travaillé pour quelques pointures, mais qui s'intéresse surtout à ses chevaux et à l'immobilier afin de laisser quelque chose à ses enfants. Un homme à la vie sentimentale compliquée, puisqu'il a une femme éloignée et une jeune maîtresse, Marie. Peu de temps après que celle-ci ait annoncé à René qu'elle est enceinte, le régisseur est retrouvé mort dans un chantier. Une exécution très professionnelle, de deux balles dans la tête. Toutes les hypothèses sont possibles pour qui fréquentait ce milieu interlope. Persuadé qu'il est le prochain sur la liste, cible des RG, le "Gros" sombre dans une parano compréhensible et entame une descente aux enfers dont il ne se remettra jamais, accentuée par le suicide de son ami Patrick Dewaere (mais qui inspirera le noir joyau qu'est Tchao Pantin). La police mettra un an à démêler l'écheveau, un an pendant lequel, pour Marie, il faut bien que la vie continue...
Ce n'est pas un secret : à k-libre, nous sommes nombreux à apprécier Jeanne Desaubry, comme auteure, mais aussi comme belle personne et activiste du genre que nous aimons. Sauf que, comme nous l'avons déjà rappelé, à k-libre, nous mettons nos sentiments de côté au nom de la stricte objectivité journalistique au service du livre tagada pouet-pouet à laquelle nous nous tenons contre vents et marées. D'où parfois le dilemme cornélien de devoir être dur envers la production de quelqu'un qu'on apprécie par ailleurs... Mais là, toujours au nom de cette objectivité tagada-pouet-pouet précitée, nous avons la joie de le dire : ce livre est une réussite. Un roman semi-choral prenant les pensées post-mortem du René en question et le point de vue d'une Marie devant continuer à vivre tant bien que mal, construction parfaitement maîtrisée mêlant une certaine gouaille à un procédé impressionniste proche des "flots de pensée" chers à James Joyce, voire du poème en prose, le tout avec une langue tracée au cordeau. De plus, Jeanne Desaubry nous épargne tout sensationnalisme racoleur alors que le sujet s'y prêtait : le "Gros" (qui n'est pas le sujet du roman) est vu comme un humain avec ses contradictions et le "milieu" n'est qu'un décor. Non, le drame se situe ici au niveau de l'intime, du vécu, du ressenti, et de la vie qui doit continuer coûte que coûte. Et à deux cent cinquante pages, le propos n'est jamais étiré. Du coup, l'auteure a parfaitement mérité de se permettre un clin d'œil cryptique à ce contemporain qu'était Pierre Desproges, que reconnaîtront les aficionados. Certes, on pourra revenir sur cet éternel brouillage de la réalité par la fiction, ou l'inverse, ou dire qu'il n'y a pas de révélations fracassantes, mais il y a là une parfaite adéquation entre le propos de l'auteure et l'exigence purement littéraire. Si ça ne suffit pas à en faire une réussite... que faut-il de plus ?

NdR - Le roman est premièrement paru dans une version précédente aux éditions du Horsain sous le titre Point de fuite en 2019.

Citation

L'avantage quand tu es mort, c'est que tu sais plein de trucs que tu ne savais pas avant. L'inconvénient ?... C'est que tu es mort.

Rédacteur: Thomas Bauduret lundi 21 juin 2021
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