La Boulangère du diable

Nous subissions les ordres souvent honteux de ce que nous étions obligés de faire, mais toujours, il nous manquait le courage de nous révolter. Ou plus exactement, nous ne voulions pas être exécutés à notre tour.
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mercredi 18 septembre

Contenu

Roman - Noir

La Boulangère du diable

Social - Énigme - Religieux MAJ mardi 03 septembre 2019

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19 €

Hubert Huertas
Paris : Archipel, 0000
234 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-8098-2659-3
Coll. "Suspense"

Au nom du FIS

1999. Au nom de la religion, des Algériens massacrent d'autres Algériens... Nadia Kami est obligée de fuir son pays après la mort de sa boulangère de mère égorgée par les barbus. Elle choisit une destination étonnante : le village de Fleurdécieux (!), au beau milieu du bocage vendéen. Car c'est de là que venait sa mère, et Nadia, la "bonne arabe", ni musulmane ni intégriste, compte bien reprendre la boulangerie que tenait son arrière-grand-mère Joséphine avant son départ pour les "colonies" des siècles plus tôt, jusqu'en 1906. Soit un an après la loi de 1905, vouée aux anathèmes par la calotte très présente en Vendée, mais très appréciée par Henri Brissaud le boulanger, mari de Joséphine, qui osa contester électoralement la mainmise du comte local. Ce boulanger que le curé de Fleurdécieux a voué aux gémonies lorsqu'il donna l'abri à des soldats venus faire l'inventaire des biens de l'Église – alors même que deux malheureux venaient de mourir de froid dans leur tente. Désormais, ses ouailles sont interdites de fréquenter la "boulangerie du diable". En dépit de tous ses efforts, le boulanger finit par se pendre, mais c'est après que l'histoire se complique : pourquoi a-t-il légué sa boulangerie à ses tourmenteurs, obligeant Joséphine à s'expatrier ? Nadia constate vite qu'elle n'a fui un intégrisme que pour en retrouver un autre tout aussi virulent. Mais en cherchant à s'accommoder avec le passé, elle risque fort de mettre à jour les turpitudes des notables locaux, ces braves chrétiens si respectables...
Encore un roman qui se situe dans cette zone grise entre littérature dite noire et celle dite blanche, interstice qui nous donne souvent les textes les plus intéressants. Et ce roman relativement court en cette époque de Livres Ventripotents™ s'écroulant sous leur propre poids offre le meilleur des deux mondes : l'accroche immédiate et le rythme des meilleurs polars, et la richesse de la bonne littérature générale. Car Hubert Huertas a un style, et quel style ! À la fois simple et travaillé, stupéfiant de précision, il sert parfaitement le propos de l'auteur sans jamais céder dans l'affèterie (et compliquant la tâche de votre humble scripteur lorsqu'il fallut choisir un extrait, tant chaque page ou presque contient un bonheur d'écriture). Si on se doute que le regretté Claude Chabrol eût trouvé là matière à un film, lui qui disséqua comme personne les turpitudes d'une certaine bourgeoisie, le roman se veut avant tout un réquisitoire moins contre la religion que l'intégrisme et l'hypocrisie qui l'accompagne immanquablement. Sa façon de renvoyer dos à dos barbus et ces calotins bon chic bon genre pour qui on a toutes les indulgences fait presque figure de mesure de salut public. Mais derrière le texte militant passe avant tout le souffle de la littérature, la vraie, la noble, au point que lorsque l'auteur cite Albert Camus, il est tout à fait dans son droit. Une belle œuvre, touchante et intemporelle...

Citation

La langue natale n'est pas seulement le vocabulaire ou la grammaire, le français, l'arabe, le chinois, le papou, c'est la musique des paroles, les gestes, les attitudes, une façon de finir les phrases. J'avais laissé au pays la harissa des métaphores, la kémia des syllabes, la salade des formules, le soleil des gueulantes, et je bouffais de la quenelle à longueur de journée, en buvant du vin de messe.

Rédacteur: Thomas Bauduret mardi 03 septembre 2019
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