Le Cas Fitzgerald

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dimanche 18 novembre

Contenu

Roman - Thriller

Le Cas Fitzgerald

Social - Braquage/Cambriolage - Infiltration - Artistique MAJ mardi 19 juin 2018

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 23 €

John Grisham
Camino Island - 2017
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Dominique Defert
Paris : Jean-Claude Lattès, mai 2018
396 p. ; 23 x 15 cm
ISBN 978-2-7096-6147-8
Coll. "Thrillers"

Le vertige des auteurs

Sur l'île de Camino Island, Bruce Cable est une célébrité. Bay Books, sa librairie tenue avec passion, est un haut lieu qu'il a créé de main de maître et mené en homme d'affaires avisé, où les auteurs se bousculent pour dédicacer. Bien qu'il soit officiellement marié à Noelle, une vendeuse d'antiquités, leur relation est libre et plus d'une jeune auteuse est passée (de son propre gré) dans son lit. Mais c'est aussi un spécialiste des livres rares et anciens dont il a une collection personnelle. Lorsque des manuscrits de Francis Scott Fitzgerald sont volés à la bibliothèque de l'université de Princeton, c'est vers lui que se tournent les assurances : il serait le receleur idéal. Ils contactent alors Mercer Mann, jeune romancière en mal d'inspiration, plombée par sa dette estudiantine. Liée à Camino par sa grand-mère Tessa, qui avait un bungalow sur l'île, Mercer ne devrait avoir aucun mal à gagner la confiance du libraire. Et la jeune femme se retrouve en contact avec la petite communauté littéraire de l'île. Mais elle tombe également sous le charme de Bay Books et de son libraire...
Étonnante carrière que celle de John Grisham, lui qui n'est considéré comme un tâcheron que par ceux qui ne l'ont jamais lu. Après le succès de La Firme (peut-être le roman de plage idéal, celui qui tient en haleine en respectant l'intelligence du lecteur), bien maltraité par le cinéma, il aurait pu tomber dans une routine confortable tel un Jonathan Kellerman moyen. Et pourtant, on a l'impression que, n'ayant plus rien à prouver, John Grisham écrit les livres qu'il a envie d'écrire, traitant souvent de son obsession pour la question raciale (L'Allée du Sycomore et sa chute implacable). Avec John Grisham, inutile de chercher le "sturm und drang" du thriller industriel. Il leur préfère les "petites" histoires généralement basées sur les personnages, et cherche plus la crédibilité que le gros effet (le summum était tout de même Le Client, également massacré par les crânes d'œufs d'Hollywood, ou hormis le meurtre initial, la scène la plus violente est lorsqu'un comparse tire son pistolet !). Ce roman décontracté change encore de braquet, rappelant les polars élégants des années 1960 : on imagine facilement Bruce Cable sous les traits d'un Cary Grant magnifié par le noir et blanc du grand Hitch ! Après un début décortiquant un casse de façon presque béhavioriste digne du regretté Donald Westlake, l'histoire se développe de façon crédible avec cette communauté d'auteurs si juste qu'on évite le cliché. On s'attache à cette héroïne jeune mais pas naïve (Tippi Hedren ?), à ses problèmes d'argent – les fameux prêts estudiantins typiquement américains – et d'inspiration, et au final à son dilemme rappelant La Firme, lorsqu'elle finit par s'attacher à sa cible. Et si la fin est relativement prévisible, c'est la façon dont on y parvient qui compte. Du coup, de par son ton et son décor, voilà exactement le genre de livre à emmener en vacances, à lire les doigts de pied en éventail tout en sachant que l'auteur respecte l'intelligence de son lecteur. Un mélange dont John Grisham se tire en se jouant, comme s'il n'y avait rien de plus facile au monde alors que la tâche est immense. Ceux qui le vilipendent devraient aller y jeter un œil, quitte à être surpris !

Citation

Mercer était un peu jalouse, elle devait le reconnaître. Si seulement elle arrivait à finir un livre, elle aussi pourrait partir en tournée, et avoir devant elle une brochette d'admirateurs. Mais la sienne avait tourné court. Elle en appréciait d'autant plus des lieux comme Bay Book et des passionnés comme Bruce Cable. C'était si rare que des libraires se donnent tant de mal pour les auteurs.

Rédacteur: Thomas Bauduret mardi 19 juin 2018
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