Le Festin de l'aube

Si sa mère avait agi ainsi, c'était pour le protéger, lui, et il ne pouvait pas supporter de la voir mourir. Elle avait raison. Il avait besoin d'elle et elle avait besoin de lui. Même si elle était folle, elle ne le laisserait pas s'enfoncer. Impossible.
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Roman - Policier

Le Festin de l'aube

Braquage/Cambriolage - Corruption - Trafic MAJ lundi 04 juin 2018

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18,5 €

Janis Otsiémi
Paris : Jigal, février 2018
272 p. ; 20 x 13 cm
ISBN 978-2-37722-031-1
Coll. "Polar"

Duos de flics

Libreville, Gabon. Tard le soir, il pleut à verse, le lieutenant de gendarmerie Boukinda est de retour de noce quand il renverse une inconnue sur la route. Il l'emmène d'urgence à l'hôpital. C'est un accident, mais il culpabilise. Il se pose des questions aussi. Que faisait cette jeune femme dans un coin paumé comme celui-ci, à cette heure-là, et surtout à moitié nue ? Quelques heures plus tard, celle qui ne peut être identifiée puisqu'elle n'a pas de papiers, décède. Mais pas des suites de l'accident. Plutôt du traitement inhumain qu'on lui a fait subir. C'est même un miracle qu'elle ait eu la force de courir jusqu'à l'endroit où Boukinda l'a renversée. En effet, son corps présente des marques évidentes de coups, de tortures, de sévices, et de morsure de serpents. De vipères pour être exact. Vipères avec un "s", car le nombre de morsures est impressionnant. À croire qu'elle est tombée dans un nid. Le docteur signale également qu'elle a été violée. Boukinda, accompagné de son binôme, le lieutenant Envame, s'arroge le droit d'enquêter et de découvrir ce qui a bien pu arriver à la jeune femme dont il persiste à se sentir responsable de la mort. Les capitaines de la police judiciaire Koumba et Owoula ont l'habitude d'évoluer à leur guise. Les temps changent, les gouvernements aussi, et leur nouveau supérieur, le colonel Essono, d'une ethnie différente de la leur, mis en place par le nouveau pouvoir, a bien l'intention de faire respecter ses directives. Il les charge d'enquêter sur un vol qui a eu lieu dans une base militaire. Des stocks d'armes, Famas et explosifs ont disparu. Quelques jours plus tard, les armes réapparaissent momentanément, le temps d'une attaque sur un fourgon de transport de fonds. Les assaillants emportent avec eux cinquante millions de francs CFA. D'abord attribuée au grand banditisme, l'enquête sur le braquage va emmener Koumba et Owoula sur une toute autre piste. Une piste sur laquelle ils vont retrouver Boukinda et Envame.
Janis Otsiémi reprend ses personnages de African Tabloid et le principe de la double enquête. Et si dans ce nouvel opus, qui n'est absolument pas une suite, ses héros sont beaucoup plus préoccupés par leurs investigations que par leurs écarts sentimentaux ou professionnels, l'auteur ne perd pas de vue la corruption qui gangrène la police de son pays, mais aussi, et c'est ce qui est intéressant, le côté humain de ses flics. Oui, Boukinda, Envame, Koumba et Owoula trompent leurs épouses, oui, ils sont susceptibles d'accepter une enveloppe, oui, ils peuvent décider de faire justice eux-mêmes, mais ils ont aussi une conscience professionnelle et une volonté d'aller jusqu'au bout des choses. Ils ont leur métier dans le sang. En ça, ils sont attachants, et pas vraiment des salauds, et encore moins des sales flics. Les romans de Janis Otsiémi sont écrits avec une encre noire comme l'Afrique. Il aime tellement son pays qu'il n'en dissimule aucuns défauts. Il aime le polar et nous entraîne dans les eaux les plus troubles de celui-ci. Pour l'Européen que je suis, il y a la découverte d'un pays où se mélange le plaisir du folklore, lequel passe beaucoup par la langue avec des expressions et des proverbes merveilleusement imagés qui sont un pur ravissement, et l'enseignement d'une réalité assez rude, encore profondément marquée par le colonialisme, une réalité des inégalités sociales qui dépasse le simple clivage pauvre/riche puisque il y a aussi une question ethnique, une réalité où les techniques modernes, informatiques, désormais garants d'une efficacité et de l'ouverture sur le monde, ont toujours du mal à se faire une place dans le quotidien, que celui-ci concerne l'institution policière ou celui du simple citoyen, une réalité qui, à n'en pas douter, inspirera encore de nombreux romans à Janis Otsiémi. C'est en tout cas, en tant que lecteur, tout le mal que je me souhaite.

Citation

L'homme de quarante-sept ans, marié et père de trois enfants – un garçon et deux filles – avait aussitôt reconnu les faits dans la salle d'interrogatoire entre les mains du sergent-chef Minko. Celui-ci était réputé dans la maison poulaga pour ses méthodes d'interrogatoire pas très catholiques. On le surnommait 'l'homme qui fait parler les muets'. La torture était admise tacitement dans tous les commissariats de police de Libreville.

Rédacteur: François Legay lundi 04 juin 2018
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