Que la guerre est jolie

Dis-moi, Princesse, serait-ce faire outrage à votre sagacité, à toi et à Chassevent, que de prôner la prudence sur une éventuelle accointance entre mon Roumanophone, à moi, et le vôtre ? Car, soi-dit en passant, le mien est mort par absorption, plus ou moins volontaire je te l'accorde, de monoxyde de carbone, or le vôtre a d'avantage froidement morflé du plomb dans la gueule. D'où mon interrogation.
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Roman - Noir

Que la guerre est jolie

Social - Corruption - Urbain MAJ mardi 29 mai 2018

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19,5 €

Christian Roux
Paris : Rivages, février 2018
302 p. ; 23 x 16 cm
ISBN 978-2-7436-4248-8
Coll. "Thriller"

Marx pas mort

Le titre de ce nouveau roman de Christian Roux est à n'en pas douter trompeur, voire ironique. Le récit s'ouvre par une scène qui, effectivement, pourrait être une scène de guerre avec son personnage de soldat qui transforme des rats en torche afin de détruire un bâtiment. Ce personnage passe d'ailleurs plus de temps à se souvenir de son passé sur différentes continents, à s'occuper de ses hauts faits d'arme et de la femme qu'il a aimé, qu'à s'occuper de ses affaires actuelles, bien plus ennuyeuses. De fait cet ancien soldat a été engagé pour une nouvelle mission : faire fuir les habitants, locataires ou propriétaires d'un quartier en déshérence d'une ville de banlieue, celle de Larmon. Derrière ce départ, il y a la possibilité de créer un nouveau quartier pour les bobos parisiens et de réaliser une belle plus-value financière. Un obstacle de taille se dresse sur la route de ce superbe projet : au cœur du quartier concerné, une ancienne usine est occupée par des artistes qui en ont fait un lieu de vie et de spectacles. Comme dans toute guerre, il y a deux camps qui s'opposent et des traîtres potentiels comme, par exemple, Élise, une jeune femme qui attend un enfant et aime vivre dans ce quartier, mais qui doit également pour vivre travailler avec la mairie qui soutient les promoteurs immobiliers. Il y a aussi aux portes de la ville, des petits trafiquants de drogue qui se contentent de la routine mais à qui on pourrait donner des rêves de grandeur compromettant les efforts des gens de bonne volonté. Surtout, derrière le roman, il y a toute une gamme de faits divers que nos échotiers développent à longueur de journée. Sans juger frontalement, sans écrire un brûlot politique, mais en racontant, à hauteur d'hommes, les tenants et les aboutissants d'une vision du monde, des petits arrangements que l'on fait avec sa conscience, Christian Roux raconte aussi comment une opération immobilière aux marges de la légalité peut entraîner des blessures et des morts par nombreux ricochets. Les couples se déchirent, les amis se dressent les uns contre les autres car soudain l'intérêt et les liasses de billets se mettent au milieu de leur solidarité et de leurs rêves, parce que la corruption par osmose salit tout ceux qu'elle touche, mais aussi ceux qui la refusent.
Les constats sont amers, la réalité décevante et les révoltes parfois ne peuvent que se retourner que contre ceux qui auraient dû en profiter (même s'il subsiste quelques échappées optimistes, s'il existe quelques trajectoires individuelles qui survivent au désastre programmé, le final plus "rose" laisse comprendre qu'il y aura d'autres batailles). Parfois, même, il est des victoires plus dures que des défaites car en se battant on a laissé le Mal vous gangréner et détruire vos relations avec les autres. Comme si finalement, lorsque des ennemis se battent sur un terrain pour se l'approprier, il y avait plus de victimes parmi ceux qui y vivaient que parmi ceux qui veulent le contrôler, ce que, le politiquement correct appelle les victimes collatérales. Comme si, finalement, construire des immeubles dans une ville de banlieue dévastée par la crise économique, même avec la "bonne intention" de "revivifier le tissu urbain", "d'améliorer l'attractivité de la ville", de "rénover les zones sensibles", c'était aussi une forme de guerre, de la lutte incessante entre les classes, le rappel de la peur des classes laborieuses, même lorsqu'elles vivent dans les ruines de leur gloire passée, entre petits pavillons payés à crédit et usines qui pourrissent.

Citation

Il dit une seconde fois Dieu que la guerre est jolie, enjambe le corps de sa victime et, lourdement, tremblant de tous ses membres, gravit les marches une à une.

Rédacteur: Laurent Greusard mardi 29 mai 2018
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