Power

À l'intérieur du coffre-fort, les quatre passeports de la famille avec de fausses identités, ainsi que d'épaisses liasses de billets tenues par un élastique, de grosses coupures en euros, en livres britanniques et en dollars américains, des billets tout neufs, sa propre version de l'argent blanchi.
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Roman - Noir

Power

Politique - Historique - Social MAJ vendredi 18 mai 2018

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20 €

Michaël Mention
Paris : Stéphane Marsan, avril 2018
456 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 978-2-37834-021-6

To the people

En ces temps troublés sous la présidence de Donald Trump, l'on en vient presque à penser que les États-Unis furent auparavant une terre bénie et sympathique. Pourtant, bien évidemment, la situation était tout aussi, voire plus complexe. À côté des commémorations autour de Martin Luther King, de l'intermède Barack Obama et d'un film comme Le Majordome, la série Aquarius nous avait rappelé que la fin des années 1960 avait été l'occasion de mixer problèmes sociaux, problèmes raciaux et revendications identitaires. À la pointe de ces combats, entre militantisme noir, volonté marxiste et vélleités égalitaires, il y avait les Black Panthers, un mouvement politique compliqué à cerner entre pacifisme, violence, luttes de pouvoirs entre des militants politisés et les gangs, alliance parfois contre nature avec des truands, et fuite en avant dûe aussi à la répression et à la volonté des pouvoirs en face de pourrir la situation. C'est autour de ce combat, de cette période étrange, que Michaël Mention a décidé de monter son intrigue. Afin de la rendre vivante, il l'a éclatée en trois directions différentes qui en montrent les franges. Nous allons donc suivre des personnages emplis de contradiction : un policier blanc qui va basculer dans la haine tous azimut afin de se prouver une bonne conscience ; une jeune militante noire qui espère dans la révolution, rêve même de prendre les armes, mais entre drogues et violence, le rêve s'enlise dans les caniveaux de l'histoire. Le troisième personnage est un prisonnier de droit commun qui est embauché par le FBI pour infiltrer le mouvement, ce qui permet de montrer les coups tordus du gouvernement et, peut-être, un noyautage intense des cellules de Black Panthers pour savoir qui elles servaient en réalité. Le prisonnier représente les factions en lutte pour le pouvoir au sein de l'organisation et ses implications internationales. Il permet de rappeler les faits historiques (les dirigeants qui s'exilent dans des pays communistes ou tiers-mondistes, les coups de butoir du pouvoir pour les faire arrêter). La jeune femme est plus axée sur les actions concrètes du mouvement comme la défense des droits dans le ghetto, l'aide sociale et les tentatives pour émanciper culturellement, scolairement et médicalement les populations noires. Le policier blanc, de son côté, rappelle bien combien il est difficile de changer une situation et sa dérive du calme tranquille (il surveille au début son coéquipier qu'il considère comme raciste avant de se retrouver au final du roman par vouloir tuer Nixon, qu'il imagine presque un gauchiste).
Le roman en profite pour rameuter quelques images de la société américaine de l'époque. On voit par exemple passer Charles Manson, Angela Davis et quelques épisodes qui sont encore dans les mémoires, comme la guerre du Vietnam, ou l'attentat contre Robert Kennedy. Du coup, s'il faut passer la centaine de premières pages qui sont plus de l'ordre du rappel historique et de la mise en situation du "dossier", les trois cents pages suivantes parviennent à mixer avec soin, en utilisant non pas des personnages centraux, mais des acteurs emblématiques intéressants, le quotidien des Américains qui veulent ou refusent le changement, et les événements historiques purs qui permettent de faire rebondir l'action et montrer comment les acteurs s'adaptent aux nouvelles situations. Par exemple, le prisonnier qui ne pense qu'à sauver sa peau au début de l'intrigue en vient à partager les valeurs de ceux qu'il a infiltrés, mais il est coincé dans son rôle de traître et doit de plus en plus s'enfoncer dans l'abjection pour survivre, en découvrant combien tout est truqué et comment chacune des guerres intestines de son parti est en fait un coup fourré organisé par l'ennemi qui les noyaute. Derrière toute cette débauche d'argent, d'actions, d'utilisations machiavéliques, qui ont coûté beaucoup plus cher que si l'on avait cherché à régler les problèmes, Power décrit, présente, construit une intrigue, à la façon dont Alexandre Dumas construisait les siennes ou à la façon dont racontait La Caméra explore le temps. Michaël Mention est quand même un écrivain de son temps et a plié son histoire dans les carcans modernes. Plus réaliste que ceux de son prédécesseur, plus en phase avec les problèmes sociaux, le roman en devient une introduction fictionnelle intelligente et sensible à une période peu connue de l'histoire américaine, mais ô combien palpitante. L'électricité de la période est bien rendue par un style chahuté, alternant des phrases classiques et des slogans, sans aller jusqu'à la limite que l'on connait de l'illisibilité syncopée de James Ellroy.

Citation

On avait nos codes, notre langage, notre journal, notre musique, notre cinéma, notre look, nos penseurs, nos écoles, nos cliniques, notre capitale, notre président, nos ministres, notre indépendance. On était noirs, on était libres. On était les Black Panthers.

Rédacteur: Laurent Greusard vendredi 18 mai 2018
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