La Vénitienne des Pénitents blancs

Je lui emboitai le pas. La curiosité avait chassé la morosité, l'excitation me collait des fourmis dans les mains. et il y avait autre chose. Je ne savais pas qui était ce gars mais, j'en étais sûr, je l'avais déjà vu quelque part.
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dimanche 17 novembre

Contenu

Roman - Policier

La Vénitienne des Pénitents blancs

Historique - Médical - Assassinat MAJ lundi 11 décembre 2017

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18,5 €

Jean-Luc Fabre
Toulouse : Privat, septembre 2017
344 p. ; 22 x 15 cm
ISBN 978-2-7089-6024-4
Coll. "Polar"

Thériaque meurtrière

Le lundi 14 janvier 1709, Espérance Donnadieu arrive épuisée à Montpellier après deux jours de marche depuis les Cévennes. Son père, avant de mourir, lui a donné une lettre d'introduction auprès de Pierre Magnol. Celui-ci est une personnalité de la ville, un savant réputé. Parce qu'elle est la fille de Samuel, son vieil ami, Espérance est accueillie avec chaleur, soignée, restaurée. Pierre et Samuel se sont séparés dans la douleur à cause de la révocation de l'Édit de Nantes. Le premier a voulu garder la religion huguenote et s'est réfugié dans les Cévennes alors que le second se convertissait au catholicisme. Le froid intense bloque toute activité humaine. Cependant, Pierre veut aller au Collège royal de médecine pour voir ce qui se passe même si les cours ont été arrêtés. Sur le chemin, son attention est attirée par un attroupement devant la chapelle des Pénitents blancs. On a découvert un cadavre sur une marche de l'autel. Pierre fait transporter le corps dans la salle de dissection de François Gigot de Lapeyronie, son ami chirurgien. Celui-ci, sous un déguisement de carnaval, découvre le corps d'une belle femme. Elle tient, dans ses poings serrés, un fragment de pot ayant contenu de la thériaque et un morceau de parchemin vierge. Pierre en réfère à Monsieur de Basville, intendant du Languedoc et se retrouve chargé d'approfondir l'affaire, le gouverneur ayant nombre de soucis avec le froid qui tue et la famine qui menace. C'est vers les potiers qu'il obtient des premiers renseignements. Il apprend que l'un des ouvriers a fui la veille volant un chargement. Rattrapé suite à un accident, il révèle, sous contraintes, une sombre histoire d'espionnage. Et les cadavres sont de plus en plus nombreux dans Montpellier !

Jean-Luc Fabre, qui a beaucoup écrit sur le terroir cévenol, propose dans le décor du Montpellier de 1709, une intrigue fort bien construite autour d'un produit presque mythique : la thériaque. Cette préparation à partir d'ingrédients divers et variés est réputée, depuis l'Antiquité, pour être la médecine presque universelle. Si médicalement, cette mixture n'est pas à la hauteur de sa réputation, elle est cependant vendue à prix d'or. Et tout est bon pour s'approprier la meilleure formule, Venise voulant être leader dans ce domaine.
Le romancier retient comme cadre de son récit l'hiver 1709 qui fut l'un des plus rigoureux, le froid glacial alternant avec des périodes de redoux pendant plus de deux mois avec des températures descendant jusqu'à −16 °C à Montpellier et −17,5 °C à Marseille. Cet élément climatique avec le ralentissement de l'activité, la nourriture et les moyens de chauffage qui manquent cruellement, ajoute un aspect supplémentaire de tension.
Nombre de personnages authentiques peuplent cette histoire comme Pierre Magnol et François Gigot de Lapeyronie. Le premier, directeur du Jardin botanique, a été reconnu comme le plus grand botaniste de son temps. Le second, chirurgien, devient en 1736 le premier chirurgien, confident du roi Louis XV, chef de la chirurgie du Royaume. Ils furent parmi le noyau fondateur de la Société royale des sciences de Montpellier et permirent à la ville d'acquérir une forte renommée dans le domaine médical.

Dans ce cadre, et avec ces intervenants, Jean-Luc Fabre imagine une énigme criminelle mettant en scène nombre des ressorts romanesques du genre. Il s'ensuit un récit passionnant servi par une écriture fluide, un style dynamique. La description du Montpellier de cette époque, la ville essentiellement circonscrite dans ce qui est devenu le Centre historique est intéressante. Mais l'auteur n'épargne pas la sensibilité de ses lecteurs avec quelques scènes chirurgicales aux moyens et aux méthodes qui ne font pas rêver, une exécution décrite avec précision. Il donne nombre d'anecdotes étonnantes, curieuses, sur la médecine comme le débat enflammé consécutif à une question que se posaient les médecins de l'école de Saragosse quant à l'un des vingt-cinq à trente ingrédients entrant dans la composition de la thériaque : "Valait-il mieux écraser les vipères encore fraîches ou les faire sécher avant de les incorporer ?"
La Vénitienne des Pénitents blancs est un roman érudit qui se lit avec passion pour les corruptions que suscite un produit onéreux, pour les descriptions des pratiques politiques, médicales, sociales et la peinture de la ville.

Citation

...j'ai été confronté à un drôle de spectacle, celui d'une femme raide morte, costumée et masquée comme en plein carnaval vénitien, affalée sur les marches de l'autel.

Rédacteur: Serge Perraud mercredi 29 novembre 2017
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