Ainsi débute la chasse

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Roman - Noir

Ainsi débute la chasse

Tueur à gages MAJ dimanche 17 septembre 2017

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 17,8 €

David Patsouris
Rodez : Le Rouergue, mai 2017
190 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-8126-1282-4
Coll. "Noir"

Deux ou trois trucs à régler

Quand on lui demande comment il s'appelle, Charly-le-Dingue (comme Robert-le-Dingue alias Alain Delon dans Le Gang) répond : "Jeff" (comme Jeff Costello alias Alain Delon dans Le Samouraï). Il y a des questions auxquelles Charly ne peut pas répondre franchement. Parce que comme les personnages incarnés par Alain-les-yeux-bleus, il joue du revolver, Charly. Il tue, il liquide, il dépeuple. Dans le coin de la Charente, de la Gironde, par-là, quoi ! Il bosse pour un fils de pute, un vrai méchant, du genre à te faire arracher les chicots un par un à la tenaille pour mieux te les remettre dans la bouche après, en demandant au "dentiste" d'utiliser du fil d'étain et un fer à souder pour être sûr que ça bougera plus. Véroncle, il s'appelle l'affreux. Et il est colère. Un loquedu, Cédric Morel, directeur de cabinet du maire, a été corrompu à hauteur de cinquante mille euros pour faire obtenir le chantier du futur Casino à un entrepreneur précis, chose qu'il n'a pas fait. Il a pourtant bien pris l'oseille cet enflé ? Véroncle a un doute. C'est Charly qui devait remettre le fric au connard. Mais peut être qu'il l'a gardé pour lui. Cinquante mille tickets, ça vous fait avoir de drôles de réflexes parfois. Comme il est peu vicelard, Véroncle, quand il doit avoir une petite explication avec Morel, il mandate Charly. Seulement, il le fait accompagner par Sam. Sam c'est un jeune con qui croit tout savoir, notamment sur le maniement du flingue, parce qu'il a vu des mecs comme de Niro s'en servir dans les films. Total, il loge une bastos en plein dans la tronche de Cédric Morel, lequel ne pourra plus jamais faire avoir de chantier à personne. Il ne pourra pas non plus "blanchir" Charly dont Véroncle est de plus en plus persuadé qu'il a étouffé le pacson. Parce qu'évidemment il pense que la mort de Morel tombe à point si Charly a oublié de lui remettre le fric. Il en a marre Charly. Il essaye de se vider la tête en faisant du surf. Il essaye de ne pas penser qu'il y a deux ans il est rentré seul de Martinique parce que Gail est rentrée avant lui. Et puis qu'il l'a aperçue avec une petite fille dont il est sûr qu'elle est sa fille. Alors il aimerait connaître sa fille. Elle s'appelle Suzanne. Il aimerait aussi dormir sans être hanté par les visites d'une ancienne victime qui joue le fantôme de ses nuits. Il aimerait que tout s'arrête. Véroncle lui confie un nouveau travail...
Le style est répétitif. Il va à la ligne, se répète comme une série de coup de poing qu'on prend dans le buffet. David Patsouris écrit vite et sans lâcher prise. On a l'impression qu'il a écrit son roman d'une traite. Au début, c'est un peu fatigant parce qu'on a l'impression de relire sans arrêt la même phrase. Sauf que ce n'est pas la même la phrase. C'est une autre, et elle fait avancer l'histoire. Ça pourrait être laborieux (et ça l'est peut-être) mais c'est surtout voulu, maîtrisé, comme un sens du rythme chez un danseur de flamenco. Oui, au début, c'est un peu fatigant, mais ça devient rapidement prenant, lancinant, torturé, comme l'est le personnage principal, ce Charly qui se présente Jeff et qui m'a fait penser à un "héros" de roman de Jim Thompson. Un héros bien noir comme les aimait Jimmy, embarqué dans une spirale infernale dont la seule échappatoire semble être la mort. Un héros mort vivant qui avance parce qu'il croit voir au bout du tunnel une lumière, ce qui l'empêche de voir l'étau qui se resserre. Un héros perdant dès le début mais qui se voit gagnant, et qui évolue dans ce sens. Un héros poursuivit par son passé, par des cadavres reconvertis en visiteurs du soir. Un héros qui ne fréquente pas la grande ville, la capitale, mais les villes de province. Un héros entouré d'hommes et de femmes névrosés. Un héros qui malgré son fusil est bel et bien la proie. Ainsi débute la chasse de David Patsouris.

Citation

Le problème, avec ces gens-là, c'est qu'ils pensent toujours qu'ils vont finir par s'en tirer. Que le monde est à eux. Ou qu'il sera bientôt à eux. Ils ont beau avoir une trouille à en chier dans leur froc, ils l'oublient dès le lendemain et repartent à la guerre comme s'ils commandaient l'armée depuis des siècles et pour des siècles et des siècles. Le problème, avec ces gens-là, c'est qu'ils ne savent pas qu'ils sont mortels. Le problème, avec ces gens-là, c'est qu'ils ne croient pas à leur propre mort.

Rédacteur: François Legay dimanche 17 septembre 2017
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