L'Impossible définition du mal

Il y avait du vent. Dans ce pays, il fait partie de la famille, il ne part jamais en voyage, ou bien s'il prend la mer et les marins, c'est pour revenir sabrer les tamaris, roucouler sous les fenêtres, hurler dans l'âtre, cogner aux portes, soulever les ardoises et mettre son nez dans les maisons, souffler son haleine salée qui empeste le poisson pourri, la fumée de mazout et le varech en décomposition.
Hervé Jaouen - Flora des embruns
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

1994
Il est très symbolique que le troisième roman d'Adlène Meddi s'ouvre et se clôture par une scène ...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

jeudi 15 novembre

Contenu

Roman -

L'Impossible définition du mal

Politique - Tueur en série - Corruption MAJ mercredi 26 avril 2017

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19,9 €

Maud Tabachnik
Riom : De Borée, avril 2017
328 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-8129-2120-9
Coll. "Marge noire"

D'autres âmes mortes

Longtemps on a cru que les tueurs en série étaient une malédiction des pays anglo-saxons. Jack l'Éventreur avait ouvert le bal avec une froideur et un sadisme tout britannique avant que les Américains ne s'emparent du thème en le grossissant avec leur propension habituelle, à l'instar d'un Ted Bundy. Ne voulant jamais être en reste, les Français trouvèrent en Gilles de Rais, un proche compagnon de Jeanne d'Arc, un ancêtre folklorique et local au genre. En revanche, dans les pays de l'Est, encore sous contrôle communiste, la vision d'un dégénéré, tueur en série, ne pouvait correspondre aux critères de l'homme nouveau voulu par la propagande et tout fut mis en œuvre pour cacher les cas qui survenaient cependant dans l'espace soviétique. Il y eut pourtant un tueur en série "réputé" : l'ogre de Rostov, qui offrit quelques pages à certains auteurs. Ce dernier avait introduit sa variante, peut-être liée aux péripéties sanglantes du pays. En effet, entre la guerre civile, les destructions, l'univers concentrationnaire et la famine, l'URSS a connu des cas de cannibalisme de survie -ce qui fut sans doute aussi le cas dans la Chine du Grand Bond en Avant (voir le fabuleux livre de Jisheng Yang, un historien chinois, intitulé Stèles : la grande famine en Chine, 1958-1961. Toujours est-il que Maud Tabachnik s'est inspirée de l'histoire réelle de Tchikatilo pour écrire son roman. Mais elle n'a pas juste voulu offrir un récit documentaire prenant. Aussi, elle a légèrement déplacé temporellement son intrigue pour la situer de nos jours. Même si l'Union soviétique a disparu, ses mœurs politiques entre gouvernement fort, corruption active et liaisons coupables entre les hauts fonctionnaires sont restées.
C'est dans ces conditions que le commissaire Braunstein, chargé de retrouver le meurtrier d'une jeune femme, est confronté à la pesanteur de sa hiérarchie, préoccupée aussi par les attentats terroristes. Son principal suspect est un notable local, chargé d'inspecter les réseaux de chemins de fer et, à ce titre, extrêmement mobile - ce qui lui permet de se promener et de trouver des proies lointaines. Mais Maud Tabachnik sait raconter alors elle utilise un récit qui alterne entre un personnage secondaire, un petit convoyeur de jeunes femmes vers les "délices" de l'Ouest et qui se révèle être un homme honnête dans ce monde de violence et d'horreur. Le peuple est aussi représenté par un couple père-fils de Thénardier effroyables, vivants, eux aussi, comme des ogres dans leur maison au fond de la forêt, attendant les proies comme des charognards. Sont également esquissés de manière intelligente la vie du policier qui tente de faire correctement son métier. Un autre aspect intéressant du roman, c'est l'introduction, par de petits chapitres devenant de plus en plus importants, de la figure de l'ogre, lui-même, dans son monologue intérieur, justifiant ses crimes et surtout en en racontant la volupté. Véritable gros plan cinématographique non pas sur les crimes, de manière voyeuriste, mais sur les sensations éprouvées par le tueur, ce qui est beaucoup plus glaçant.
Tous ces éléments s'agencent avec soin pour décrire une situation, un pays, une province confite où le Mal rôde, où certains en vivent, où tous essaient de survivre en laissant de côté les valeurs humaines. Le Mal est impossible à définir car qui est le plus coupable ? le tueur poursuivi par ses pulsions et la façon dont il sait jouer des contradictions de la société ? Les gangsters qui profitent de la misère pour développer leurs activités criminelles et prennent des jeunes filles pleines de rêve pour en faire des prostituées ? Les administrations corrompues ? Le pouvoir politique qui est fondamentalement cynique ? Ou encore les terroristes qui frappent à l'aveugle ? Il y a peu d'espoir dans cet univers sombre sauf peut-être le flambeau porté par un homme qui veut respecter des valeurs, par un policier qui croit encore un peu en la Justice. Mais ce ne sont là que des flammes vacillantes, des petites chaleurs que Maud Tabachnik, en romancière avisée, prend soin de laisser briller, furtivement, au corps de paysages gelés. Vous avez dit glaçant ?

Citation

Et saisissant mon couteau, je l'ai déchirée, déchiquetée, éventrée... puis je lui ai coupé la langue avec les dents et l'ai avalée. Et à c'est à ce moment précis que j'ai atteint l'orgasme.

Rédacteur: Laurent Greusard mercredi 26 avril 2017
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page