L'Acteur qui voulait tuer Staline

Les pénalistes, créatures plutôt solitaires, aisément identifiables à nos dossiers boursouflés, nos serviettes usées, nos cheveux en manque d'une visite chez le coiffeur, et nos vêtements d'un tour chez le teinturier et nos visages marqués par un cynisme las.
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Roman - Thriller

L'Acteur qui voulait tuer Staline

Politique - Historique - Social MAJ jeudi 26 juillet 2018

Note accordée au livre: 2 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20 €

Paul Goldberg
The Yid - 2016
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Caroline Nicolas
Paris : Sonatine, octobre 2016
376 p. ; 20 x 14 cm
ISBN 978-2-35584-517-8

To be or not to be, acte II

L'idée de départ est intelligente et intéressante. Nous sommes en Union Soviétique en 1953. Staline, vieillissant, enfermé dans ses certitudes planifie de nouvelles exécutions de masse. Il a décidé de se débarrasser du problème juif, et ses adjoints organisent la déportation de tous les Juifs encore présents sur le sol russe. En attendant ce grand soir, les arrestations sommaires continuent. C'est au tour d'un vieil acteur, second couteau des théatres (toujours obsédé par le Roi Lear, comme Ernst Lubitsch le fut par Hamlet dans son évocation du "problème juif" face à Hitler) d'être l'objet d'une mesure carcérale. Mais le vieil homme a encore de la ressource et tue les trois membres de la police politique. Avec l'aide de compagnons (un noir communiste venu des années plus tot des États-Unis pour découvrir la vraie patrie des travailleurs, un médecin juif pourchassé, une femme...), il veut cacher les cadavres, mais va découvrir des indices qui lui annoncent le sort prochain réservé à ses coreligionnaires. Il décide qu'il faut tuer Staline avant que l'ordre fatidique ne parte.
Parmi les indices qui poussent l'acteur à comprendre, il y a un policier qui a engagé deux criminels afin de tuer des Juifs et de les voler, pensant que ces actions individuelles seront masquées dans la grande déportation imminente. Cela permet à l'auteur de présenter l'antisémitisme latent du peuple russe, de rappeler les pogroms anciens, voire de remémorer le mythe qui court des Juifs égorgeant les enfants russes pour prendre leur sang. L'autre aspect intéressant, c'est aussi de présenter, à travers les personnages, des Juifs soviétiques qui ont renié leurs origines religieuses pour la plupart, et la profonde incompréhension des habitants de l'Union Soviétique qui ont tellement cru dans le système qu'ils n'arrivent pas à saisir comment ce dernier peut se retourner contre eux. L'Acteur qui voulait tuer Staline est de ce point de vue une bonne photographie historique de l'atmosphère de l'Union Soviétique à la fin du règne de Staline, entre délations, peurs, rêves communistes qui commencent à s'étioler. Pour le reste, c'est l'épopée tragico-comique d'acteurs ratés, de souvenirs du théâtre, des discussions retranscrites sous forme théâtrale et coupés par du vocabulaire russe ou yiddish, un peu effectivement (comme le présente la quatrième de couverture) à la façon d'Inglorious bastards, une suite de longs plans séquence bavards entrecoupés de quelques scènes violentes (ici très atténuées) et surtout d'une confrontation finale avec le petit père des peuples attendue depuis le départ et qui n'obtient pas l'effet escompté, comme un soufflé qui retombe.

Citation

Parfois, très rarement, ceux qu'on est venu arrêter résistent. Ou se suicident. Sadykov en a entendu plus d'un chanter l'Internationale à l'arrière du fourgon.

Rédacteur: Laurent Greusard mercredi 01 février 2017
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