Un cœur sombre

Si on fait trente kilomètres dans les marais juste parce qu'on n'est pas capable de se tenir éloigné de la femme d'un autre homme, pourquoi s'inquiéter d'une petite chose comme d'inventer un mensonge pour son employeur ?
Charles Williams - La Fille des marais
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dimanche 22 juillet

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Roman - Thriller

Un cœur sombre

Braquage/Cambriolage - Drogue - Corruption MAJ mercredi 18 janvier 2017

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22 €

Roger Jon Ellory
A Dark And Broken Heart - 2012
Traduit de l'anglais par Fabrice Pointeau
Paris : Sonatine, octobre 2016
490 p. ; 22 x 15 cm
ISBN 978-2-35584-312-9

Attiré vers le fond

Avec les romans de Roger Jon Ellory, la vie est comme un marais mouvant. Au départ, tu crois que tu vas t'en sortir et plus tu t'agites, plus tu t'enfonces en une longue parabole sanglante. Au départ de ce nouveau roman, pourtant, Vincent Madigan pourrait avoir une vie tranquille : il a un boulot, une femme, un enfant. Tout pourrait aller comme sur des roulettes, mais il a choisi d'entrer dans la police et son travail est une maîtresse exigeante. Du coup, il va devoir tenir le choc et il va alors prendre de l'alcool et des cachets jusqu'à s'acoquiner avec Sandià, le roi de la pègre de East Harlem. Au bout du compte, il va perdre sa femme et devenir la cible de la police des polices. Surtout il a à présent une énorme dette qu'il va convenir de régler, et ce plutôt vite. Tout ce que je viens de vous rapporter se déroule avant le roman. Vincent Madigan se rend bien compte qu'il est coincé et que les sables mouvants se referment lentement sur lui, mais il n'est pas homme à se laisser abattre - d'ailleurs, il serait plutôt homme à abattre les autres ! Alors, il réfléchit à une solution et pense l'avoir trouvée : Sandià fait du trafic de drogue et régulièrement ses hommes convoient une grosse fortune en liquide dans une maison qui lui sert de réserve bancaire. Pourquoi ne pas braquer les convoyeurs ?
Bien entendu, c'est là que tout va se déglinguer : tout d'abord, les gangsters qu'il a engagé anonymement pour l'aider l'ont reconnu et ils doit les flinguer. Ensuite, dans la banque improvisée, on découvre une petite fille blessée. Enfin, c'est un agent de la police des polices qui est envoyé pour enquêter sur le meurtre des trois gangsters, et Vincent Madigan est chargé d'enquêter lui-même sur le braquage qu'il a commis alors que son employeur mafieux le convoque pour lui dire qu'il va être facile de retrouver les coupables - l'argent volé provenait d'un braquage et était marqué... Comme si tout cela ne suffisait pas, parmi les convoyeurs tués il y avait le propre neveu de Sandià... Voilà où on en est au bout de cent pages. Reste à présent à regarder Vincent Madigan se débattre comme un beau diable, échafauder des plans de plus en plus complexes pour s'en sortir. Des plans mis en échec par des rebondissements successifs qui l'enfoncent de plus en plus.
Il y a un certain sadisme chez Roger Jon Ellory (et sans doute aussi chez le lecteur) pour suivre avec délectation les tentatives de son personnage de mauvais flic pour s'en sortir. L'auteur mène son intrigue tambour battant. Le personnage central, cynique, est à la recherche d'une rédemption qu'il ne peut trouver. Il croit qu'il va s'en sortir, mais il n'utilise pas les bons outils pour ce faire. Les autres personnages ne sont pas en reste, chacun coincé dans ses propres angoisses, ses propres trajectoires, entre violences et mesquineries, entre tromperies et suffisance. Quelques éclairs de sympathie trouent cette masse glauque d'une humanité qui se vautre dans la boue et la fange et semble se réjouir de sa propre volonté de se noyer dans les sables mouvants. Un cœur sombre est un thriller de belle facture, servi par un écrivain qui manie le page turner de main de maître.

Citation

Madigan tire le .38 de sa poche, l'essuie et le place dans la main droite de Fulton, qu'il décale légèrement et laisse reposer dans un centimètre de sang. Le sang, toujours fluide, se referme autour de la main. La scène est parfaite.

Rédacteur: Laurent Greusard mercredi 18 janvier 2017
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