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Roman - Policier

Stasi child

Politique - Historique - Social - Assassinat MAJ lundi 16 janvier 2017

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20,9 €

David Young
Stasi Child - 2015
Traduit de l'anglais par Françoise Smith
Paris : Fleuve, octobre 2016
426 p. ; 21 x 15 cm
ISBN 978-2-265-11564-4
Coll. "Fleuve noir. Thriller"

Chacun pour soi et tous contre tous

Pour les jeunes générations, l'Allemagne de l'Est a perdu de sa vigueur venimeuse au profit de la "nostalgie" célébrée, entre autres, par Good bye, Lenin! (2002). Il y a quelques décennies, avant la chute du mur de Berlin en 1986, le pays faisait un peu plus peur : il alliait l'intransigeance idéologique communiste stalinienne à la volonté de perfection allemande. Pourtant, cette volonté de façade cachait des disparités, des coins sombres, des luttes de clan pour le pouvoir. David Young s'est inspiré de l'histoire de l'Allemagne de l'Est. Il s'est appuyé sur une documentation sérieuse pour bâtir une intrigue crédible. Son personnage principal est Karin Muller, de la Kripo, la police criminelle d'Allemagne de l'Est. Elle est dévouée au régime, mais mariée à un professeur de mathématiques considéré comme dissident, qui vient même de faire un petit tour dans une école spécialisée pour adolescents rebelles afin de prouver sa pureté idéologique. À peine sorti, il remet les pieds auprès d'un ami pasteur. En même temps, sa femme est soumise à la tentation avec son bel adjoint, et sa vie de couple est donc en train de se déliter. La-dessus, elle est chargée d'une enquête difficile et pour le moins surréaliste : une jeune fille a été abattue par les soldats de la zone Ouest de l'Allemagne alors qu'elle tentait de passer à l'est... Aux indices s'ajoutent des traces de pneu d'une voiture officielle à quelques mètres du cadavre. Et dès le début, un officier de la Stasi (la fameuse police politique) la surveille et oriente son enquête. Visiblement, la victime, inconnue des archives, est l'enjeu d'une lutte de pouvoir entre différentes factions du régime.
Tout l'intérêt du roman va résider dans cette intrigue complexe sur l'identité du coupable. Quel lien peut-il y avoir avec des adolescents mis en camp de redressement dans les anciens centres de loisir de l'Allemagne nazie ? L'héroïne est surveillée, son mari aussi, et même l'homme de la police secrète se méfie de tout. La paranoia ne cesse de monter : arrestations arbitraires, descriptions des camps de travail pour adolescents, méfiance de chacun envers chacun, photos truquées pour faire craquer les opposants. Cette intrigue est encore rendue plus vivante par une masse de détails sur la vie à l'époque, sur les difficultés de chacun, sur le rêve de l'Ouest, sur les accommodements du régime communiste avec l'argent (les adolescents travaillent en fait à fabriquer des meubles pour des compagnies occidentales...), et la façon dont certains usent et abusent du pouvoir. Des liens sont tressés de manière subtile avec le régime nazi dont on réutilise certaines méthodes ou lieux pour continuer la construction de l'homme nouveau. L'intéressant, c'est aussi que cette description, ce décor historique n'est pas qu'un décor mais un élément important de l'histoire. D'autre part, il n'étouffe cependant pas la part romanesque qui présente des êtres humains complexes, coincés entre des loyautés qui s'opposent (les amis, les amours, le parti, l'idéologie). le parcours en quelques chapitres alternés des adolescents qui tentent de fuir l'Allemagne de l'Est est très bien montré. Le roman se termine avec une victoire amère car c'est là sans doute le lot de toute cette période : s'il est possible parfois de gagner contre un individu ou un meurtrier, on ne peut pas lutter en revanche contre le système.

Citation

Vous devez donc cesser d'enquêter sur cette adolescente. Il faut dire que, en outrepassant vos attributions, vous avez mis dans l'embarras la police populaire et le ministère de la sécurité d'État.

Rédacteur: Laurent Greusard lundi 16 janvier 2017
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