Le Testament de Pablo Escobar

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mardi 13 novembre

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Essai - Policier

Le Testament de Pablo Escobar

Mafia - Drogue - Gang MAJ mercredi 18 janvier 2017

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 6,9 €

Jean-François Fogel
Paris : La Manufacture de livres, décembre 2016
170 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-35887-143-3

Narco-État

Alain Badiou, philosophe français, a en 2008 sorti un livre intitulé De quoi Sarkozy est-il le nom ? Avec la sortie de la nouvelle saison de la série Narcos consacrée aux cartels colombiens, l'on peut se poser la même question autour de Pablo Escobar. En quoi ce dernier est-il symbolique de son pays ? En quoi représente-t-il une certaine réalité ?
Le texte de Jean-François Fogel, qui date un peu puisque l'édition en grand format remonte à 1994, est un essai historique, philosophique et politique autour de la Colombie. Nourri de réflexions autour de la littérature du pays, d'une description de sa réalité économique et sociale, l'auteur nous montre une situation que nous qualifierions de surréaliste : il n'existe pas de pouvoir central, d'État au sens européen du terme. Nous sommes vraiment au pays du droit du plus fort. Différents groupes : deux partis politiques qui se partagent le pouvoir grâce à une constitution taillée sur mesure, des militaires toujours en embuscade pour un coup d'État ou pour s'offrir des extras paramilitaires contre un peu de corruption, des guérilleros qui pratiquent un contre-État avec les mêmes options de violence et d'impôts, et enfin les criminels (telle que la société l'entend) qui profitent de chaque occasion pour créer eux aussi leur semblant d'État. C'est d'ailleurs dans ce rôle que Pablo Escobar en est un exemple parfait. Certes, il s'occupe de drogue et liquide ses opposants (criminels, juges, policiers) avec une avidité sans borne, mais il achète des immenses parcelles du territoire, qu'il entretient et dote d'infrastructures, et subventionne autant que le gouvernement la santé, l'éducation, le sport ou la culture. Ce que décrit parfaitement ce texte, c'est la façon dont toutes ses organisations s'interpénètrent, s'associent ou se font la guerre, au gré des intérêts de chacun. C'est comment ces "seigneurs de guerre" s'arrangent pour contrôler le territoire et la population. Comment justement ce phénomène existe de manière exceptionnelle en Colombie parce que c'est la structure même, historique et exacerbée, du pays.
En lisant ces cent soixante-dix pages, on est surpris par des informations extraordinaires - le poids de la drogue dans l'économie du pays, la façon dont Pablo Escobar s'est de lui-même mis en prison (une prison qu'il contrôlait), les liens entre politique et criminalité... À travers son destin, symbolique de la culture locale, mais élevée à un point d'incandescence qui n'a pas eu, et n'aura sans doute jamais plus, d'équivalence, c'est toute la mise à nu d'un pays, d'un système qui se dessine. Et c'est autant effrayant que celui qu'avait présenté il y a quelques semaines Andreï Constantinov dans Banditsky !, comme une version apaisée et réaliste des romans de Gabriel García Márquez. Effarant et effrayant...

Citation

Il y avait trop d'explosifs utilisé contre une seule personne pour qu'elle-même ne soit pas trop puissante, trop riche, trop dangereuse.

Rédacteur: Laurent Greusard lundi 16 janvier 2017
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