Un souffle, une ombre

Il aimait qu'on le vouvoie ; même s'il était noir et sans-papiers, ses vêtements de luxe et ses lunettes de soleil de marque le rendaient tout de suite plus blanc.
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lundi 23 juillet

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Roman - Noir

Un souffle, une ombre

Social - Énigme - Urbain MAJ lundi 02 janvier 2017

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20,9 €

Christian Carayon
Paris : Fleuve, avril 2016
540 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-265-11560-6
Coll. "Fleuve noir. Thriller"

L'attrape-mémoire

Souvent dans le roman noir, on utilise la veine du cynisme et de la déliquescence morale et individuelle de l'un des personnages centraux. Christian Carayon, lui, a décidé d'ouvrir un autre angle de vision : il s'appuie sur la longue tradition du genre, mais avec une optique romantique et gothique à la fois.
Un tueur mystérieux a commis un crime ignoble : quatre adolescents tués, certains torturés ou violés, alors qu'ils passaient une nuit tranquille sur une ile, à quelques mètres du rivage où leurs familles faisaient la fête. Le narrateur, qui était adolescent au moment des faits, et qui était condisciple des victimes, en a gardé une peur qui le paralyse encore aujourd'hui. Cela va donner lieu, au cours du roman, à des scènes du plus pur gothique, où il doit se démener dans la nuit face à des ombres et des bruits suspects, au cœur de sa propre maison. Mais il y a aussi un aspect romantique car le narrateur a vieilli. Devenu professeur d'histoire, il a fui la ville de son enfance. Aujourd'hui, il se trouve à la croisée de chemins personnels et professionnels, et pour se refaire une santé, doit revenir dans la ville où il a grandi pour effectuer une recherche sur cet ancien fait divers. Il se voit confronté à la mort annoncée, programmée, d'une petite ville de province comme il y en a beaucoup avec disparition des usines, fermetures des commerces, longues zones commerciales sans âme et départ des énergies vers les plus villes plus grandes de la région qui sont nettement plus attractives.
Son enquête perturbe la ville, et relance de vieilles querelles. Un journaliste local, obsédé par l'histoire, y a consacré sa vie, et la description qui en est faite montre la décrépitude et la solitude à laquelle peut conduire une obsession. Le narrateur, en perte de repère, angoissé par la peur, troublé par un amour passé qui revient, soumis aux flux de rumeurs et de ragots, de vérités qui se font jour et qu'il n'avait pas perçu durant son adolescence, essaie de surnager dans ce flot d'informations. Le récit, qui donnera la solution de l'énigme, laisse un goût amer car la seule victime rescapée du meurtre est enfermées dans une bulle de silence, les familles concernées sont éclatées et ne croient plus en rien, sauf parfois à la vengeance, et la ville entière semble être morte depuis cette affaire et se décompose lentement. Le narrateur a fui cet univers mortifère pour les hauteurs de l'esprit (il enseigne l'histoire dans une faculté) mais il a retrouvé la même petitesse de vue dans son métier, chez ses confrères. Seul le sauve peut-être son amour pour une jeune femme aux tendances suicidaires.
Porté par la nostalgie du narrateur (et celle, perceptible de l'auteur derrière), Un souffle, une ombre qui cache la solution derrière des phrases tirées d'un célèbre roman de Salinger, hymne aussi au désarroi et à l'adolescence, est une réussite qui parvient au travers d'une intrigue policière tenue à restituer les errances et les intermittentes du cœur, le difficile passage de l'adolescence, les amours de jeunesse confrontées aux pulsions sexuelles de l'état adulte, et l'univers provincial français qui disparaît.

Citation

J'ai fait sécher cette brindille surgie tout droit de mon enfance. Depuis,elle me sert de marque-page.

Rédacteur: Laurent Greusard lundi 02 janvier 2017
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