On se souvient du nom des assassins

Sinet était enchanté de jouer ce jeu profitable qui le mettait de plain-pied avec un enfant malicieux.
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On se souvient du nom des assassins
Dans l'un de ses premiers textes policiers, Léo Malet impliquait dans son intrigue une recherche auto...
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jeudi 25 mai

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Roman - Policier

On se souvient du nom des assassins

Assassinat MAJ lundi 05 décembre 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22 €

Dominique Maisons
Paris : La Martinière, octobre 2016
518 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-7324-8086-2

Innocence et crimes odieux

Dans l'un de ses premiers textes policiers, Léo Malet impliquait dans son intrigue une recherche autour de Sade. Très cultivé, Nestor Burma cherchait des vestiges de l'écrivain alors que Sade signifiait autre chose. Ici, les deux détectives sont également très cultivés et, outre l'œuvre de Sade, ils en connaissent un rayon sur les arts et la culture, capables de citer Nietzsche, Gilles de Rais, Cocteau ou Apollinaire, voire Alistair Crowley. Normal, sans doute, puisque le personnage central de l'histoire est un grand auteur de romans-feuilletons au début du XXe siècle. Son héros est Nocturnax, un policier qui nettoie le crime la nuit, sorte de Fantomas inversé. Cela permet à Dominique Maisons, à l'aide de clins d'œil malicieux (le commissaire Juvard, le journaliste Fandorin ou une rencontre avec Gaston Leroux à l'opéra, une visite chez un jeune illustrateur, Starace...) de construire une intrigue qui joue sur ce début du XXe siècle avec dirigeables, feuilletonistes, bonnes sœurs dans les hôpitaux et les prisons, gangs d'apaches qui se cachent dans les caves et rudoient leurs prostituées, hôtels de grand luxe où les notables "jouent" à la charité, anciens des bat d'af ou nostalgiques du boulangisme. L'intrigue voit également une histoire d'amour où les tourtereaux resteront chastes et purs, heureux de se fiancer et d'attendre pour convoler en lune de miel. Mais est-il possible d'être heureux dans ce siècle où le vice triomphe, où gorgé du sang des communards, les nouveaux riches s'amusent en vendant les armes qui conduiront à la Première Guerre mondiale ?
Donc, Max Rochefort, notre auteur de romans feuilletons et Giovanni Riva, son nouveau secrétaire, se retrouvent dans un bel hôtel à Enghien. Le secrétaire a eu un coup de foudre (réciproque) pour la belle Justine qui est femme de chambre de l'hôtel où ils séjournent. Or, à la nuit tombée, un cardinal est retrouvée torturé, mutilé et assassiné, et ses gardes suisses accusent Justine, la seule personne qu'ils ont vu entrer dans sa chambre. Justine est enfermée et mise dans un asile. L'homme de lettres et son secrétaire vont tout faire pour la sauver.
L'intrigue emprunte au roman-feuilleton par ses rebondissements. On se course en voiture, on se poursuit en dirigeable, on ourdit des plans machiavéliques, on crée des situations fantasmatiques effrayantes (par exemple, à un moment, pour éviter qu'une bombe n'explose, une jeune femme doit accepter de tuer un homme d'église d'une balle dans la tête), et derrière les criminels se cachent une société secrète qui avant l'heure, fait peur en signant ses crimes S.S. ! On passe des grandes maisons de maître aux taudis les plus sordides, de voyages dans les airs aux caves les plus obscures, on utilise des passages secrets et des pièces dissimulées. On pense tout de suite à de méchants Allemands comme coupables potentiels. Bien évidemment, un siècle a passé et l'intrigue est plus maîtrisée et resserrée, mais Dominique Maisons a réussi à se glisser dans le moule : les mentalités sont restituées, les enjeux politiques de ce début de siècle sont évoqués, et le décor est reconstitué avec tous les boutons de manchette - descriptions des rues coupe-gorge, de la fin du théâtre de grand-guignol, atmosphère de la presse et des romans-feuilletons, poids de l'église et de l'armée. Le tout est construit avec soin, avec un sens aigu du rythme et un final échevelé.
Tous ces éléments font de On se souvient des assassins un maginifique roman hommage particulièrement réussi, qui sait jouer avec l'ancien en le renouvelant de belle façon, créant une joli surprise en cette fin d'année !

Citation

En prononçant ces quelques mots, Max ne pouvait pas deviner à quel point les semaines à venir allaient combler ses désirs et nous plonger ensemble dans les eaux noires, boueuses et agitées de l'Histoire.

Rédacteur: Laurent Greusard lundi 05 décembre 2016
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