La Piste du temps

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Roman - Policier

La Piste du temps

Politique - Tueur à gages - Corruption - Procédure - Finance MAJ mercredi 16 novembre 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 9 €

Éric Halphen
Paris : Rivages, avril 2014
496 p. ; 17 x 11 cm
ISBN 978-2-7436-2707-2
Coll. "Noir", 957

Briser la solitude

Avec son duo atypique (l'adjectif n'est absolument pas galvaudé) composé du juge Jonas Barth et du commandant Bizek, Éric Halphen nous emmène dans une France politico-financière qui ne sent pas très bon. Ce n'est pas nouveau, ce n'est pas étonnant, mais l'auteur connait très bien (et pour cause !) les rouages de la machine judiciaire. Et surtout, il met en avant le leurre de la séparation des pouvoirs. Le tout dans une intrigue où se mêlent considérations sentimentales et actions policières, mais où surtout pointe à la surface l'envie profonde de tous ses personnages de briser leur solitude. Là aussi, ce n'est pas nouveau. Le roman policier contemporain nous a habitué à ces flics esseulés, au ménage brisé, qui boivent et reboivent pour mieux échapper à l'horreur de la réalité tout en commettant infidélité sur infidélité, le tout assorti de vannes vaseuses et machistes. Mais bien souvent, le roman français n'observe qu'un côté de la Loi au détriment des autres. Rares sont en effet les romans français mettant en avant l'aspect judiciaire ou pénal. Ici, ce n'est heureusement pas le cas, et c'est fait avec un certain talent.
L'art d'écrire un roman, manifestement Éric Halphen l'a. Son intrigue est classique quoique touffue, sans temps morts, avec très peu de rebondissements, une routine dans l'exercice qui pourtant tient en haleine. Au départ, il y a le meurtre d'un homme, Marc Chaussoy, ancien sportif de (assez) haut niveau, qui a fait fortune de manière plus ou moins licite, plutôt moins que plus. On découvre une femme abandonnée, une maîtresse en détresse, un appartement parisien très vaste, un bureau fermé à clé, des locaux de travail, des paperasses dérangeantes et d'étranges correspondants anonymes aux motivations obscures. On dénote cependant l'absence d'une montre. Et c'est de cette absence que tout va découler, et que la fine équipe va se mettre à la poursuite du Doigt, un tueur à gages qui collectionne les montres... de collection. L'enquête classique mène, c'est selon, certains enquêteurs du côté de Bordeaux, d'autres en Provence et d'autres enfin à Genève (avec un portrait acide de la coopération judiciaire). Et puis au milieu, il y a ces personnages qui tous font des rencontres étonnantes, de celles que l'on voit surtout dans les romans, et qui sont autant de petites éclaircies dans une intrigue sombre.
L'air de rien, Éric Halphen réussit à mettre en place des éléments judiciaires, pénaux, policiers, journalistes, politiques et financiers. Et il traite de sujets sociétaux - l'inceste, l'homosexualité, la mono-parentalité, le Sida... Du coup, ces cinq cents pages (qui trainent cependant un peu en longueur au moment de conclure l'intrigue) sont alertes, parfois lyriques, parfois puissantes, souvent épiques et justes. On a pris plaisir à évoluer avec ces personnages tout en sachant que la fin serait au mieux douce-amer. On n'est pas déçu. Pire : on a envie de revoir Éric Halphen, le juge anti-criminalité, reprendre sa plume abandonnée il y a plus de cinq ans. À la vue de l'actualité, les sujets ne manquent pas. Et parce qu'il a trouvé un joli personnage de juge en la personne de Jonas Barth, on a envie de le recroiser ce Jonas dont le prénom résonne bibliquement - le juge ET Jonas ont pour point commun le repentir, le pardon et la justice !

Nominations :
Grand prix de la littérature policière - roman français 2010

Citation

Un parti politique, se dit-il, c'est comme une association de malfaiteurs : on tait les dissensions et on met les moyens en commun pour concevoir le plan, parachever les préparatifs et passer à l'action, mais même si on réussit le casse du siècle on sait pertinemment que les ennuis naîtrons après, quand sera venu le moment de partager le butin.

Rédacteur: Julien Védrenne mercredi 16 novembre 2016
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