Meurtre d'un curé : 1881, autopsie d'un crime en Berry

Il regarda par la fenêtre. Il avait un jour de congé. Il s'assit un instant et observa la chute inexorable des flocons. Le manteau de neige enflait à vue d'œil, et l'obscurité gagnait tout.
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Essai - Policier

Meurtre d'un curé : 1881, autopsie d'un crime en Berry

Historique - Faits divers MAJ jeudi 06 octobre 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19 €

Françoise Bezet
Châteauroux : La Bouinotte, mars 2016
320 p. ; 21 x 15 cm
ISBN 978-2-36975-051-2

La croix et la bannière

Françoise Bezet, enseignante dans le Cher "s'est beaucoup impliquée dans le monde associatif, notamment comme présidente fondatrice de l'Université Rurale du Canton de Sancergues". C'est donc à sa passion pour la mémoire que l'on doit ce récit d'une affaire criminelle qui choqua la population à l'automne 1881. Le curé Alphonse Levé, desservant Jussy-le-Chaudrier et Précy, disparaît sur le chemin entre les deux communes. On le cherche partout. Cinq jours après, des vaches s'agitent, "soufflent" et refusent d'avancer près d'un chêne. Leur berger y découvre un espace de terre remuée : le cadavre du curé y est caché. Il a été tué par une décharge de fusil. L'enquête commence...
À partir de ce fait divers, l'auteur brosse un tableau complet de la société rurale en Berry à la fin du XIXe siècle. Dès que les gendarmes entrent chez le cordonnier ou le sabotier, elle prend grand plaisir à décrire les instruments et le travail. Les travaux des champs mais aussi la situation politique et sociale qui amorcent déjà la séparation de l'Église et de l'État ne sont pas oubliés. Comme victime, il y avait déjà eu le curé réfractaire de Jussy à la Révolution et voilà qu'il en arrive un second ! L'enquête cerne vite deux braconniers de dix-neuf et trente-trois ans et, Françoise Bezet, en se basant sur les interrogatoires, détaille les témoignages de présence à tel endroit et à tel jour. À coté de ses déclarations fastidieuses, elle est bien obligée d'avoir recours à une novélisation crédible et elle y parvient grâce à un style qui ne dérape jamais. Elle prend soin de mettre en scène des moments motivants comme, par exemple, quand la bonne du curé, folle d'inquiétude, est obligée de se coucher le soir sans l'avoir revu. On frappe alors à la porte et une voix inconnue se faisant passer pour le prêtre lui demande d'ouvrir (suspense).
Ce curé aimait exhiber ses pièces d'or et nombreux étaient ceux qui l'avaient mis en garde. Son testament et surtout la réaction et la vie de son héritière constituent aussi une intéressante parenthèse. Nos braconniers, qui ont toujours nié, vont être condamnés et envoyés au bagne de Nouvelle-Calédonie mais le doute plane quant à leurs rôles respectifs.
Un étonnant dernier chapitre clôt l'ouvrage. L'auteur y met en scène en 2003, une habitante de la ferme la plus proche du lieu du crime. Ce soir-là, une tempête abat le chêne plus que centenaire que l'on avait marqué d'une croix en 1881 en hommage au prêtre assassiné. Se remémorant toutes les histoires qu'on lui a racontées, l'habitante va alors peindre ce chêne à partir d'une photo prise peu avant. C'est la vision de cette peinture, montrée à Françoise Bezet par le fils de cette femme, qui déclenche sa recherche historique. Lors des remerciements rédigés, l'auteur retrace d'ailleurs rapidement ses démarches et ses trouvailles dans les archives et sur Internet.
Voici un final qui titille l'imagination : en quelques lignes, Françoise Bezet retrace le parcours du signe inscrit dans le paysage qui mène à la mémoire personnelle puis à la mémoire collective puis à la recherche des traces pour arriver à ce livre qui s'inscrit à son tour physiquement dans le présent.

Citation

Le chêne du curé a cependant gardé son secret, lui seul savait qui avait réellement tué l'abbé Levé...

Rédacteur: Michel Amelin jeudi 06 octobre 2016
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