La Rue du Bout-du-Monde

Mais enfin, qui se fait tuer pour n'avoir pas payé ses impôts ? Pendant toutes ces années à la brigade criminelle, j'ai vu des meurtres commis pour des motifs incroyables, mais la fraude fiscale, c'est la première fois.
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lundi 22 octobre

Contenu

Roman - Policier

La Rue du Bout-du-Monde

Politique - Historique - Scientifique MAJ jeudi 06 octobre 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22,5 €

Hélène Clerc-Murgier
Paris : Jacqueline Chambon, juin 2016
366 p. ; 23 x 15 cm
ISBN 978-2-330-05881-4
Coll. "Noir"

Été 1624

Une femme a été assassiné rue Saint-Martin et son meurtrier, un certain René Bouvenay qui voulait la voler, arrêté. Affaire somme toute banale, sauf que le prisonnier ne peut être transféré au Grand Châtelet (siège de la police avec cachots et morgue jusqu'en 1802 environ). Il semblerait qu'un vice de forme administratif (appelons ça comme ça) s'y oppose. Le criminel dépendrait de la juridiction de Saint-Germain et non de celle du Grand Châtelet. Le lieutenant criminel Jacques Chevassut et son adjoint Philippe de May s'insurgent. Le sieur Bouvenay dépend bien de leur juridiction et cette opposition à leur remettre un prisonnier est inhabituelle et pour le moins étrange. En bons flics qu'ils sont, Chevassut et de May décident de ne pas en rester là. Et quand ils apprennent que leur homme écrit des libelles (textes satiriques), ils commencent par enquêter dans les rades et les cabarets où sévissent les poètes de tous genres. Dans le même temps, un nanti qui se fait mystérieusement appelé Ézéchiel, prend sous son aile un bandit, un voyou, une racaille qui aurait pu faire partie de la bande des Patron-Minette dans un autre roman (un indice chez vous... L'auteur termine son ouvrage à Guernesey), l'habille, le loge, le paye et lui demande bientôt d'occuper ses nuits à des opérations chirurgicales peu banales. À quelques kilomètres de là (et à ce compte-là ça serait même plutôt des mètres), Michel Mauregard arrive d'Allemagne (Empire Germanique) au château de Vincennes avec les plans de l'horloge à calculer mise au point par Wilhelm Schickard. Horloge que le savant ne peut faire construire dans son pays puisque la guerre civile y fait rage. C'est donc son vieil ami le comte Henry de Schomberg qui est chargé de la fabrication de l'invention.
Cher(e)s ami(e)s, je ne vous livre ici que la face émergée de l'iceberg c'est-à-dire que dalle ! Si vous saviez tout ce qui vous attend si vous faites le choix (que je vous recommande de faire) de plonger dans cet incroyable roman où l'espionnage se mélange à l'intrigue policière, laquelle croise le fer avec l'intrigue politique, le tout se rencontrant, se rejoignant, se liant, se démêlant, s'entrechoquant, se croisant, se trompant, se dénouant avec en toile de fond l'Histoire. 1624 c'est seulement vingt-six ans après l'Édit de Nantes, et le moins que l'on puisse dire c'est que les protestants ne sont toujours en odeur de sainteté. D'autant que si Henri IV s'était converti au catholicisme par raison politique (et surtout pour survivre à la Saint-Barthélemy), son fils, Louis XIII, qui accède au pouvoir en 1610 est foncièrement catholique. Bref, la guerre civile fait rage dans le Saint-Empire romain germanique (oui, les guerres de religion existaient déjà ce qui est tout de même étrange quand on sait que Dieu est amour dans toutes les religions... désolé, je n'ai pas pu m'empêcher), et la France se fortifie en rappelant Armand Jean du Plessis de Richelieu au pouvoir. C'est en avril 1624 (deux mois avant l'intrigue de ce roman) que le fameux cardinal entre au Conseil du roi. Bref, c'est une époque trouble et Hélène Clerc-Murgier, forcément passionnée d'Histoire (et d'histoires), nous la restitue merveilleusement bien. Comme elle nous décrit de façon magistrale ce Paris sans arrondissements mais tout en juridiction, gris, sale, puant la pisse (même odeur qu'en 2016 donc, la différence c'est qu'à l'époque il n'y avait pas de chiottes alors qu'aujourd'hui c'est juste les gens qui sont des porcs... désolé encore une fois, c'est plus fort que moi), plutôt laid et froid comme sa forteresse du Grand Châtelet, boueux, pavé, violent, cruel, meurtrier, mystérieux, sentimental, amoureux, poète et bien évidemment alcoolisé dans les tavernes et sous les ponts (ça, ça n'a pas changé non plus).
C'est remarquablement maîtrisé, construit, intelligent, instructif (car l'auteur ne se prive pas, et je l'en remercie, de nous cultiver) historiquement mais aussi dans l'anecdote (figurez-vous qu'avant d'être empoisonné par l'industrie, le tabac était terriblement efficace pour soulager les migraines) et c'est surtout passionnant comme un vrai roman d'aventure. Car pour moi La Rue du Bout-du-Monde n'est pas qu'un roman policier. Le dépaysement est total et le/les intrigue(s) de premier choix avec des révélations surprenantes. Et les petites histoires ne sont pas en reste face à la grande. Loin de là... Je précise également pour les amateurs de série que le lieutenant criminel Chevassut était déjà le héros du précédent ouvrage de l'auteur : Abbesses édité en 2013 chez Jacqueline Chambon.

Citation

Il la regarda partir, ému par sa démarche que la grossesse rendait maladroite. Il la trouvait belle, il aurait voulu se dire qu'il était le plus heureux des hommes.
Mais il ne l'était pas. Tant qu'un barbare assassinait ainsi dans Paris, il ne pouvait être tranquille. Il arriva près de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois.

Rédacteur: François Legay jeudi 06 octobre 2016
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