Les Doutes d'Avraham

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lundi 16 juillet

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Roman - Policier

Les Doutes d'Avraham

Social - Urbain - Faits divers MAJ jeudi 22 septembre 2016

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20 €

Dror Mishani
Ha isch she ratza lada'at hakol - 2015
Traduit du hébreu par Laurence Sendrowicz
Paris : Le Seuil, septembre 2016
274 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-02-128822-3
Coll. "Policiers"

Rapport à l'autre

Troisième ouvrage de l'Israélien Dror Mishani, Les Doutes d'Avraham est aussi la troisième enquête de son enquêteur fétiche, le chef de la section des homicides de Tel-Aviv, Avraham Avraham (un hommage à Ed McBain et au personnage secondaire mais typiquement juif Meyer Meyer ?).
Le roman s'ouvre avec la mort d'une femme d'une soixantaine d'années dans son appartement. Par la suite, un voisin témoignera avoir entendu des bruits de lutte et vu un policier descendre l'escalier de l'immeuble. Pendant ce temps, Mazal "Maly" Bengston a bien du mal à comprendre son mari Koby. Ils ont deux enfants et peinent à mettre les deux bouts. Koby, juif d'origine australienne, est sans emploi. En dehors de la difficulté récurrente de trouver un travail en Israël, il est surtout connu pour son comportement violent et asocial. Pourtant, c'est un amour d'adolescence qui a mis du temps à éclore sur fond de guerre et d'embrigadement. Pendant qu'Avraham Avraham enquête sur la femme étranglée et qu'il découvre qu'elle par le passé a été violée par l'ancien associé de son mari décédé, le lecteur apprend que Maly a été aussi été victime d'un viol alors qu'elle se trouvait dans un hôtel après une escapade censée renforcer les liens des employés d'une même entreprise. Peu à peu, nous comprenons que Kobi souffre du viol de sa femme. Alors que cette dernière tente par tous les moyens de l'oublier, lui cherche à connaître le moindre détail le plus scabreux.
Dror Mishani est à la fois diabolique et ingénieux dans un roman à l'écriture omnisciente. Il aborde le viol du point de vue de l'autre, de celui qui n'a pas physiquement souffert, de cette victime collatérale. Il en fait un sujet principal en prenant appui sur un pays où le viol n'est malheureusement pas absent, semble même à la limite commun, et est traité de la pire des façons. Pour les policiers qui ont enquêté sur le drame vécu par Mazal Bengston, la jeune femme a peut-être trop bu ce soir-là, elle a peut-être fait monter un homme dans sa chambre... Bref, l'éternel consentement à son insu ou pas de la victime-coupable. L'étude psychologique et son approche sont très bien vues, l'intrigue est ciselée de manière chirurgicale avec beaucoup d'empreints au réalisme de Georges Simenon quand il écrivait des "Maigret" (assortie de la lenteur et de la langueur des événements) surtout en ce qui concerne un drame ordinaire inéluctable donc évitable (le paradoxe auquel est souvent confronté l'enquêteur).
En dehors de ces deux fils qui vont forcément se rejoindre, il y a une thématique particulièrement intéressante qui est abordée par le biais de la relation sentimentale entre Avraham et Marianka, qu'il a rencontrée lors d'une aventure précédente à Bruxelles : la dure intégration en Israël pour qui n'est pas juif. Il y est question d'hostilité d'un pays, d'une culture et d'une langue pour ceux qui souhaitent malgré tout s'installer. Les doutes d'Avraham ne sont pas tant ceux qu'il a vis-à-vis d'une enquête qui avance péniblement, ou bien ceux qu'il a après la destinée cruelle de Kobi (et qui s'apparentent à une culpabilité tenace), que ceux qu'il a des facultés de Marianka à vivre avec lui dans ce pays, elle qui a tout abandonné. Il en oublie par-là même que l'individu amoureux conserve son libre arbitre. Ce qu'au final Marianka ne manquera pas de lui asséner après la visite de ses parents dans une ambiance digne de la Guerre froide quand elle partira de nuit et par tous les vents affronter cette ville seule.
Les Doutes d'Avraham est un brillant roman nostalgique sur nos rapports à l'autre, cet étranger que l'on veut incompréhensible.

Citation

Comment ne comprenait-elle pas que cela n'aurait jamais dû se terminer ainsi ? Qu'il bouclait son premier dossier d'homicide par un homme qui se tirait dessus à la porte du commissariat, décédait ensuite à l'hôpital, et par une femme persuadée qu'elle en était la cause. Or il n'avait voulu obtenir qu'une chose : s'asseoir en face de son suspect en salle d'interrogatoire, au deuxième étage du bâtiment, et essayer de comprendre.

Rédacteur: Julien Védrenne mardi 06 septembre 2016
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