L'Anatomiste

Jusqu'à midi, Andréa était en mode diesel. Les informations arrivaient au cerveau en ordre dispersé. Après, tout s'arrangeait : la belle mécanique se mettait en branle et plus rien ne l'arrêtait. Le pic d'activité cérébrale se situait autour de midi.
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lundi 16 septembre

Contenu

Roman - Thriller

L'Anatomiste

Historique - Médical - Assassinat - Urbain MAJ mercredi 07 septembre 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Réédition

Tout public

Prix: 21 €

Marilyne Fortin
Saint-Victor-d'Épine : Terra Nova, janvier 2016
400 p. ; illustrations en noir & blanc ; 24 x 15 cm
ISBN 978-2-8246-0710-8
Coll. "Thriller"

Quand art et science mènent au crime !

En France, en 1524. Blaise est le dernier-né d'une famille misérable qui vit sous le joug d'un père odieux. Celui-ci n'a pas hésité, par exemple, à couper les doigts de sa fille déjà bien malformée pour accroître la pitié de ceux auprès de qui elle mendie. Blaise ne se complaît que dans la solitude mais dessine avec talent, un talent que son père exploite sur le marché. C'est là que le garçonnet est repéré par Maître Battisto, un artiste de renom qui l'achète et l'emmène à Paris.
En Angleterre, la même année, Adel Knox une chercheuse de mort, commet une erreur et fait enterrer vivante une fillette. Elle est condamnée au fouet, à l'exil et à la damnation éternelle. Selon le père Patric, qui lui refuse l'absolution malgré la contrition de la pécheresse, elle échappera à la géhenne en pérégrinant jusqu'à Compostelle. Elle quitte une vie jusqu'ici douillette pour vivre sur les chemins, volant, mendiant, se défiant de tous. Un jour elle arrive après une embuscade et trouve un bébé qui tête encore le sein de sa mère assassinée. Par pur réflexe, elle l'emmène avec elle.
Blaise, toujours aussi taiseux, a suivi la formation de son maître jusqu'à devenir, en 1537, le meilleur compagnon de l'atelier. Un soir, Battisto, pour parfaire sa formation, l'emmène pour suivre une anatomie pratiquée par Gaspar de Vallon. Le jeune homme découvre alors, avec horreur, un univers ignoré. Battisto décède deux ans plus tard. Blaise termine les commandes et les chantiers. Cependant, il ignore qu'il fait partie de la marchandise que Battisto avait gagée pour ses dettes envers Gaspar de Vallon. Il se retrouve alors comme serviteur-esclave chez l'anatomiste qui utilise son talent pour dessiner les planches de son ouvrage. Adel est arrivée à Paris avec Marie-Ursule, sa fille adoptive. Elle profite de la prostitution de cette dernière pour vivre tranquillement.

Avec L'Anatomiste, l'auteur dépeint, au milieu du XVIe siècle, la vie quotidienne des miséreux, d'un artiste peintre et de la maisonnée d'un chirurgien. Parallèlement, elle raconte la vie d'errance des proscrits, la prostitution et les "petits métiers" dans Paris. Elle narre, avec force descriptions tous les éléments constitutifs de son récit, n'épargnant aucun détail, aussi rude et cru soit-il. Elle joue délibérément les cartes du réalisme quand, par exemple, elle explique que les vêtements, les robes étaient portés sans jamais être lavés de crainte d'affadir les couleurs. La description du Cimetière des Innocents, des séances publiques ou illégales, de dissection valent leur pesant de sanies et d'humeurs de toutes natures.
Elle relate finement les séances d'anatomie, toutes les ruses pour mener la chasse aux cadavres, De Vallon en ayant de plus en plus besoin pour terminer son grand œuvre. Il rêve, en effet, de surpasser ce que font les Italiens en élaborant "le plus complet, le plus beau de tous les traités anatomiques de son époque".
La romancière introduit, dans ce cadre, une belle histoire d'amour entre Marie-Ursule et Blaise.

L'auteur s'appuie sur Vésale, le célèbre anatomiste qui fît paraître, en 1543, De humani corporis fabrica, un ouvrage richement illustré qui remettait en cause une large part de la doctrine de Galien et corrigeait nombre de ses erreurs. On peut supposer, compte-tenu du contexte que ce savant a dû user de démarches pas très légales pour se procurer suffisamment de cadavres à étudier. Par contre, les historiens ne disposent pas d'informations précises et authentifiées quant à l'auteur des quelques trois cents superbes planches qui accompagnent les textes. C'est à partir de cette énigme, de cette incertitude, que Marilyne Fortin propose l'intrigue du présent roman.
L'écriture est soignée, érudite, le style est enlevé. Cependant, l'approfondissement de tous les sujets abordés, de toutes les situations, n'affectent pas la fluidité de la lecture et on ne ressent pas de longueurs.
L'éditeur, en plus du roman, offre un petit jeu qui consiste à retrouver les illustrations anciennes en tête de chaque chapitre sur les bonnes pages et dans le bon ordre par rapport à la liste donnée en fin de volume.
Ce roman, aussi documenté historiquement et scientifiquement qu'il soit, propose une intrigue finement ciselée qui génère une tension jusqu'à une conclusion inattendue.

Citation

J'aimerais te voir avec des clients plus riches, plus attentionnés, ma fille. Un seul homme de la trempe de l'anatomiste pourrait nous faire vivre toutes les deux aisément, dans de bonnes conditions, jusqu'à la fin de nos jours, si l'on s'y prend correctement.

Rédacteur: Serge Perraud samedi 27 août 2016
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