Le Mythe d'Isaac Becker

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jeudi 15 novembre

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Roman - Noir

Le Mythe d'Isaac Becker

Psychologique - Social - Guerre MAJ lundi 01 août 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 8 €

Reed Farrel Coleman
The Book of Ghosts - 2014
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Pierre Brévignon
Paris : Ombres Noires, novembre 2015
92 p. ; 19 x 13 cm
ISBN 978-2-08-137687-8

Vérité du puits à l'eau croupie

Durant la Deuxième Guerre mondiale, Jacob et Isaac doivent leur survie dans le camp de concentration de Birkenau à leur travail. Mais ils ont bien compris que ce temps ne durerait peut-être pas et Isaac a décidé de laisser un témoignage. Comme il est presque dans la veine de Shéhérazade, il raconte des histoires à l'un des officiers prolongeant ainsi sa vie. Il a même demandé un cahier où il est censé consigner les histoires qu'il lira à ce même officier, mais il en profite pour tenir sous couvert d'un code un véritable journal des horreurs du camp. Un jour l'officier confisque le journal. Alors, pour le récupérer, Isaac et Jacob tuent l'officier et décident de le cacher. Puis c'est la débâcle. Isaac est tué et l'histoire du livre d'Isaac devient une légende colportée par Jacob. Des années plus tard, on retrouve le livre... Jacob est inquiet car il a tellement fabulé depuis des années qu'il ne sait plus ce que contient exactement le texte. Lorsque le journal sera ouvert, que révélera-t-il exactement ?
Ce court récit, agrémenté d'un entretien avec Reed Farrel Coleman, son auteur in fine, n'est pas stricto sensu, un texte noir. Peu de révélations sur l'âme humaine dans les camps, pas de violences pour cacher la vérité. C'est la trajectoire limpide, sans pathos, racontée avec soin et presque bonhommie, de l'itinéraire d'un homme qui a vécu l'horreur, qui a survécu et a eu besoin de raconter des histoires et en se racontant des histoires le restant de sa vie. L'ouvrage de Reed Farrel Coleman n'est absolument pas un écrit qui aborderait le négationnisme. Il ne dit pas que les témoins ont menti, mais il raconte la liberté que chacun a dû prendre pour expliquer, rapporter et survivre à l'indicible. À travers le destin d'un déporté "ordinaire" et des descendants d'une famille polonaise qui a trouvé le livre, cette novella parle de mémoire, d'oublis et des détails, de choses perçues et faussées, car la mémoire est faillible et est re-création perpétuelle, mais que cela n'entache en rien la vérité de ce qui a été. Dans notre vie quotidienne, nous avons aussi vécu des petits choses qui, sous le coup de la sédimentation et du temps, de notre sélection des événements, ont légèrement évolué et se sont décalées pour former une autre réalité, une chose un peu de côté que nous pensons être la vérité. À un moment, le vécu devient mémoire, puis mythe mais le mythe est aussi une façon de réactiver la mémoire et d'être aussi vrai que la réalité brute. Qu'importe le nombre exact, à l'unité près, de déportés. Qu'importe la largeur exacte d'une chambre à gaz ou du tonnage de zyklon B au gramme près. Ce qui compte c'est bien que cela a eu lieu et n'y aurait-il eu qu'une seule et unique victime que ce serait déjà trop et largement suffisant. En ces temps de retour horrifiques, Le Mythe d'Isaac Becker est une approche raisonnée de la noirceur humaine et du devoir de mémoire.

Citation

Leah avait raison sur un point : il était à jamais lié à Isaac Becker. Mais Jacob Weisen n'avait pas plus été son ami qu'une araignée peut l'être d'une mouche.

Rédacteur: Laurent Greusard lundi 01 août 2016
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