Un pied au paradis

Le mercredi matin, Ajaccio et son arrière-pays montagneux se réveillent coiffés d'une lourde chape orageuse. L'archipel des Sanguinaires garde jalousement son soleil le temps que les nuages soient dissipés par le vent. Seuls les morts n'étouffent pas dans la moiteur électrique.
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mardi 12 novembre

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Roman - Noir

Un pied au paradis

Social - Disparition - Vengeance MAJ dimanche 25 octobre 2009

Pas de cadavre, pas de meurtre

Holland Winchester, déclenche une rixe dans un bar d'Oconee, en Caroline du Sud. Il est ivre et son arrogance le pousse à exhiber les trophées qu'il a rapportés de la guerre dans le Pacifique : une médaille... et les oreilles de ses ennemis. Le Shérif Will Alexander lui fait payer les dégâts et lui promet de l'avoir à l'œil. Mais cette promesse, il ne peut la tenir : le jeune vétéran disparaît peu de temps après. Pour le shérif, il n'y a pas de doute possible, il a été assassiné et le coupable n'est autre que Billy, le fermier voisin. Il ne lui reste plus qu'à trouver le corps. Il le cherche dans la rivière, il le cherche dans les bois, il le cherche dans la remise. Sans succès. "Pas de cadavre, pas de meurtre."
C'est une ancienne terre Cherokee qui sert de cadre. Une terre aride où les paysans souffrent pour faire pousser du chou, du maïs et du tabac. Souffrances vaines puisque que la compagnie d'électricité Carolina Power acquiert leurs terres pour les noyer sous un lac artificiel. "Votre place n'est plus ici. Vous autres, les péquenauds, vous serez chassés de cette vallée jusqu'au dernier comme de la merde d'une cuvette de chiottes." En attendant le déluge, une ambiance de plomb baigne le sud des Appalaches, le soleil cuit les épaules et accélère la décomposition des corps. Les corps des chevaux abattus et ceux des hommes à jamais disparus.

Difficile de parler du roman sans trop en dévoiler. Évidemment, comme dans tout livre, on en découvre l'intrigue au fur et à mesure. L'originalité de celui-ci réside dans le fait que l'auteur assemble les pièces du puzzle par le biais de cinq personnages qui se racontent à la première personne. On pourrait y voir un artifice, mais Ron Rash ne force jamais le trait : les personnalités sont différentes, leur manière de s'exprimer leur sont propres... Sans pour autant tomber dans la caricature. Du shérif à Billy, de la femme de Billy à leur fils, jusqu'à l'adjoint du shérif : tout est juste, très juste. Il nous décrit la fin d'un monde rural et la désillusion d'un temps révolu qui peut faire penser, par instants, au Cormac McCarthy de No Country For Old Men. Désillusions, désirs avortés (d'amour, de paternité, de maternité, de vengeance) et le temps qui file vers l'inondation de la vallée qui doit tout emporter : les souvenirs, les preuves et les corps. Un livre qui commence les pieds dans la poussière et qui finit de la boue jusqu'au front.


On en parle : La Tête en noir n°141

Récompenses :
Prix des lecteurs/lectrices de critiqueslibres.com - policier-thriller 2012

Nominations :
Grand Prix des Lectrices de "Elle" Policier 2010
Trophée 813 Michèle Witta du roman étranger 2010

Citation

Au fond de moi ça me tracassait cette affaire-là, parce que je savais que d'une façon ou d'une autre y avait un prix à payer. Même si l'État de Caroline du Sud percevait pas ce prix, tôt ou tard Dieu s'en chargerait.

Rédacteur: Gilles Marchand lundi 12 octobre 2009
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