J'ai déjà donné

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mardi 17 octobre

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Roman - Thriller

J'ai déjà donné

Guerre - Révolution MAJ lundi 23 mai 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22 €

Donald Westlake
I Gave At the Office - 1971
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Nicolas Bondil
Paris : Rivages, février 2016
320 p. ; 23 x 16 cm
ISBN 978-2-7436-3505-3
Coll. "Thriller"

Répétition historique

À la lecture de ce roman de Donald Westlake, il y a comme un parfum de nostalgie et de passé. L'intrigue tourne autour d'un complot visant à se débarrasser du dictateur de la petite île caribéenne d'Ilha Pombo et de la présence obsédante de Cuba. Tout ceci est largement parsemé de relations chastes entre les différents protagonistes - on notera au passage une scène où deux amoureux se retrouvent coincés dans une cabine téléphonique au cœur d'une manifestation pacifiste qui dégénère. Pourront-ils résister à leurs pulsions ? Il sera également question dans ce texte des réseaux de média qui entendent construire et fabriquer l'actualité plutôt que de la suivre. Un sujet actuel mais qui devait commencer à troubler à cette époque-là et qui aujourd'hui est assez connu. En fait, Jay Fisher, le personnage central qui raconte son aventure à travers des cassettes audio qu'il envoie au service juridique de sa chaîne, a été chargé d'accompagner un groupe de révolutionnaires qui entendent renverser le tyran précité, non pas tant qu'il déplaise, mais surtout afin de pouvoir se servir de son île pour préparer l'invasion de Cuba dans la foulée. Petit à petit, de simples observateurs, l'équipe de télévision et Le Réseau (la chaîne qui les emploie), deviennent des complices financiers et logistiques de l'invasion. Jay Fisher qui essaie de simplement faire son boulot va se trouver ainsi au cœur du scandale et il va vite découvrir qu'il pourrait être le fusible idéal en cas de problème. Mais il n'y pense pas trop car il a rencontré une belle jeune femme avec laquelle il a entamé une liaison qu'il aimerait bien conclure.
Derrière ce côté cynique décrit (le rôle des États-Unis dans les interventions en Amérique latine, le poids des médias, le travail en sous-main des agences gouvernementales), Donald Westlake ne veut pas écrire un brûlot dénonciateur. Il regarde tout cela par le petit bout de la lorgnette : son dictateur est à la fois dangereux, mortel, mais en même temps un dictateur d'opérette sur une île minuscule. L'invasion est menée par deux pelés et trois tondus, dirigés par un officier qui a participé au premier coup d'État du dictateur mais qui a par la suite été évincé. Tout cela n'est pas sans rappeler l'épisode de la Baie des Cochons qui s'est déroulé à peine dix années auparavant. Du coup, cette intrigue apparait comme une mise en abyme de l'Histoire, typique des effets recherchés par Donald Westlake dans ses romans. Cette invasion est surtout pitoyable, mal organisée et on a plus le sentiment de guérilleros sortant d'un film de Woody Allen (Bananas) que de dangereux révolutionnaires au couteau entre les dents. Il y a même un moment où les soldats fouillent leur poche pour trouver l'argent qui paiera leur passage en bateau sur l'île. Toute la description des médias, dans les activités traditionnelles (Jay Fisher est chargé de poser des questions à des invités filmés dans leurs réponses, puis disparaît au montage, quand le vrai présentateur, fait semblant de poser les questions) ou plus douteuses (il faut participer au paiement des armes qui serviront à l'invasion), décrite par le protagoniste principal comme autant d'activités naturelles est également une dénonciation joyeuse et bien menée. D'ailleurs, le récit n'est pas une confession, mais une simple description où Jay Fisher entend juste ne pas endosser son rôle programmé de fusible.
Roman inédit de 1971, mais qui a bien vieilli, J'ai déjà donné confirme le regard aiguisé et amusé de Donald Westlake, un écrivain qui sait imbriquer des éléments importants, des réflexions intelligentes au sein d'une histoire amusante, afin de mieux faire passer son message. Même si c'est un roman ancien qui avait été peut-être oublié, il serait tout à fait faux de le considérer comme un fond de tiroir.

Citation

Naturellement, j'ai envisagé de lui rappeler que je savais déjà ce dont il s'agissait, mais ce n'est pas conseillé avec son patron. On fait comme si de rien n'était ; j'ai fait comme de rien n'était.

Rédacteur: Laurent Greusard lundi 23 mai 2016
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