L'Homme qui valait des milliards : le hacker de Bordeaux

La soudaine vision de l'immense maison qui se dresse non loin de là, la fige sur place. Ses proportions gigantesques ont quelque chose d'obscène et de dérangeant. Elle paraît être surgie de nulle part, abandonnée là par quelque dieu blasé et inconstant.
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Roman - Noir

L'Homme qui valait des milliards : le hacker de Bordeaux

Road Movie - Tueur à gages - Scientifique MAJ lundi 11 avril 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 11,9 €

François Darnaudet
Gudensberg-Gleichen : Wartberg, avril 2016
178 p. ; 20 x 12 cm
ISBN 978-3-8313-2941-0
Coll. "Zones noires"

Le hasard et la noirceur

Naïvement, je pensais que les mathématiques excluaient le hasard et étaient par définition le domaine de la logique. Cela peut être vrai par exemple en ce qui concerne votre carte bancaire. Pour retirer de l'argent vous utilisez un code à quatre chiffres. Eh bien, ce code renvoie à deux autres nombres, des nombres premiers qui, multipliés entre eux, donnent un dernier nombre immense constituant le code inviolable de la dite carte. Parmi les défis mathématiques des années à venir, il est proposé aux scientifiques de la planète une récompense s'ils trouvent une équation qui permettrait de découvrir ce nombre premier multiple de deux autres - pour la beauté de la science, bien évidemment. Mais les banquiers ont compris que si quelqu'un percait ce secret, il serait capable de détourner les cartes bancaires du monde entier. Aussi, un groupe alloué à la sécurité des secrets des cartes bancaires a créé une cellule chargée de surveiller tous les mathématiciens qui pourraient se frotter à ce problème. C'est là qu'intervient tout d'abord le hasard. Le narrateur de ce roman de François Darnaudet est un modeste professeur de mathématiques d'un collège girondin dont la vie n'est actuellement pas rose. Pour draguer sa jeune collègue, il utilise une technique inventive : ensemble, ils vont résoudre le problème mathématique précité... Mais le hasard se joue encore du hasard et des équipes chargées de la surveillance repèrent ce petit professeur, et sans faire exprès le placent en haut de la liste des gens qui pourraient réussir à résoudre l'ingénieux problème mathématique. Une équipe de tueurs est alors envoyée pour régler le problème à sa façon (c'est-à-dire sans calculatrice et sans calcul). À tout ceci, il incombe d'ajouter le chef des équipes de tueurs qui est sur le point de se faire virer pour restriction de personnel, et qui décide de récupérer le professeur et sa copine pour qu'ils travaillent pour lui et résolvent le problème (pour lui comme de bien entendu).
L'homme qui valait des milliards est un récit efficace qui alterne les chapitres avec le petit professeur et ceux qui mènent en scène d'autres protagonistes de l'histoire. Cela permet de raconter d'un côté la noirceur du polar (des tueurs sans états d'âme, un système de surveillance du monde entier, les méfaits du capitalisme) et de l'autre la vie innocente du "héros" ordinaire qui cherche juste un peu de bonheur à l'entrée de la cinquantaine. Mais François Darnaudet est un auteur malin qui sait glisser dans sa comédie amoureuse des moments noirs (parfois liés au hasard comme lors d'une tentative assassinat) ou cyniques et il parvient aussi à mettre de l'émotion dans ses moments plus noirs (notamment le suspense du final). Nourri par de nombreuses références personnelles qui ancrent le récit dans la réalité (François Darnaudet connaît bien le milieu professionnel qu'il décrit, et quelques professeurs y retrouveront ce qu'ils vivent au quotidien et la région où se déploie l'intrigue), s'appuyant sur un style qui équilibre avec grâce la noirceur et l'humour (cette politesse du désespoir), L'Homme qui valait des milliards est le roman réussi d'un équilibriste qui sait maintenir la tension entre la légèreté et la dureté, entre un monde violent, blessant et absurde, et une ode à la vie qui doit malgré tout continuer.

Citation

Je ne voulais pas mourir d'une balle dans le cerveau. Mon cerveau et moi, nous avions trop souvent bossé ensemble.

Rédacteur: Laurent Greusard lundi 11 avril 2016
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