Les Regards des autres

Le terme mâle alpha évoquait quelque chose de primitif, mais en vérité, il s'appliquait à un exercice plus subtil et plus puissant que la simple supériorité physique. Le désir d'organiser les choses était inscrit dans l'ADN. Les groupes réussissaient mieux que les individus. Et donc, a priori, les individus autour desquels se formaient naturellement les groupes étaient très attirants. Un avantage pour la survie, renforcé par l'évolution.
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mardi 14 juillet

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Roman - Noir

Les Regards des autres

Psychologique - Faits divers MAJ lundi 18 avril 2016

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

À partir de 11 ans

Prix: 9,2 €

Ahmed Kalouaz
Rodez : Le Rouergue, février 2016
96 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-8126-0995-4
Coll. "DoAdo"

Victimes invisibles

Laure est collégienne, plutôt bonne élève d'ailleurs. Mais elle le sait, ça ne va pas durer : comme elle est intelligente, elle perçoit bien à quel point elle perd bien depuis quelques mois. Alors qu'elle pouvait, en classe de sixième, relativiser les insultes et les mauvais gestes que ses camarades avaient pris l'habitude de lui adresser – après tout, elle n'avait rien fait, ils allaient bien se lasser, non ? – elle n'y parvient aujourd'hui plus. Ses anciens amis lui ont tourné le dos, le nombre de collégiens ayant décidé de faire d'elle une "looseur" a dramatiquement augmenté. Elle n'est plus jamais tranquille, et petit à petit elle a pris l'habitude de sécher les cours pour échapper à ses bourreaux. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : Laure est victime de harcèlement scolaire, et les adultes qui l'entourent semblent ne rien voir. À moins qu'ils ne détournent délibérément les yeux ? Quoi qu'il en soit, Laure ne sait plus quoi faire et commence à envisager le pire. Peut-être ont-ils raison quand ils lui disent qu'elle ne sert à rien ?
Voici un livre qui vous heurte de plein fouet, vous inflige une réalité généralement invisible. On perçoit toute la puissance de la méchanceté, on décortique une spirale infernale que bien des jeunes, malheureusement, connaissent. Mais là où l'auteur nous donne le coup fatal, c'est lorsqu'il développe comment nait un bourreau : il s'agit généralement de taper avant de l'être, de rabaisser pour ne pas être rabaissé, et de faire comme les plus forts pour ne pas faire partie des faibles. Somme toute, chaque enfant peut être la victime ou le bourreau selon qu'il accepte ou non de suivre le mouvement – quel que soit le mouvement. Laure, qui ne comprend pas cette méchanceté gratuite, fait partie des faibles, résolument. Face aux menaces, elle n'ose pas appeler à l'aide ses parents, ou le personnel du collègue, qu'elle soupçonne de s'être fait complice. Elle se replie sur elle-même et fait face à des gestes de plus en plus agressifs. Elle ne vit que pour les vacances, durant lesquelles elle tient à distance son quotidien et ses peurs. Chaque matin est pire que le précédent. Comment s'en sortir puisqu'elle est plus seule que jamais ?
En tant qu'adulte, on est incontestablement mal à l'aise à la lecture de ce texte, on avoue notre incompréhension ; les jeunes lecteurs quant à eux y verront peut-être l'occasion de parler si, comme Laure, ils cachent leur terrible quotidien. Pour les autres, qui pourraient ne pas mesurer le mal qu'ils peuvent infliger par leurs mots et leurs attitudes, ce livre peut être aussi une révélation, l'élément qui leur manquait pour comprendre leur rôle dans le mal-être de leurs souffre-douleurs et jusqu'où ce mal-être peut les conduire. Ahmed Kalouaz, une fois n'est pas coutume, nous ouvre les yeux, sans jugement mais avec la clairvoyance nécessaire, sur ce terrible phénomène de société qui alimente malheureusement trop souvent nos dramatiques actualités.

Citation

Depuis qu'elles me prennent à partie, c'est comme si elles volaient aussi mes rêves et transformaient mes nuits en désert.

Rédacteur: Catherine Thiéry samedi 09 avril 2016
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